Une petite souris à l’école…

 

Une petite souris à l’école est de retour, pour vous parler d’anniversaire et plus particulièrement de Charlotte, une petite fille que personne n’invitait jamais… Une histoire vraie, pour faire réfléchir les petits comme les grands… Bonne lecture!

 

Les anniversaires

Souvent dans les cours d’école, on assiste à des distributions d’invitations pour des anniversaires. C’est alors la ruée autour du héros du jour qu’on supplie et cajole: qui fera partie des élus?! Puis chacun s’égaille en brandissant son Sésame, triomphant et tout excité à l’idée du programme prévu : fête et goûter dans un grand parc ludique, ou alors bowling, ou encore anniversaire à MacDo! (Impossible ici d’ailleurs de ne pas faire ce  constat un peu troublant: de moins en moins de goûters d’anniversaire tout simples à la maison, mais  une surenchère, à celui qui fera l’anniversaire le plus original, toutes considérations financières mises à part, ceci relevant d’un autre débat…)

Charlotte a 8 ans. Cette fois encore,  pas d’invitation pour elle. C’est pas faute pourtant d’avoir gravité autour de l’attroupement, dans l’espoir de… peut-être…avec un peu de chance…au cas où…  Mais non. Toutes les invitations ont été distribuées, faut se rendre à l’évidence, il n’y en avait pas pour elle. Alors elle se met un peu à l’écart et regarde les heureux invités avec envie.

La sonnerie retentit, la maîtresse  peine à ramener le calme et à rassembler le rang. Elle fait ranger les invitations. Charlotte s’approche d’elle et confie : « Ils ont de la chance! Moi, on ne m’invite jamais. »     « Même pas  tes copines? »  s’enquiert la maîtresse.  Charlotte hausse les épaules avec perplexité: « J’en ai pas. Personne ne veut jouer avec moi. Et je ne sais pas pourquoi. »

C’est vrai qu’au moment des récréations, Charlotte est souvent seule. De loin, la maîtresse l’observe qui  va  de groupe en groupe, en tentant des approches, tout sourire. Mais à chaque fois on la rembarre, plus ou moins gentiment. La plupart du temps, Charlotte encaisse  sans se plaindre. Elle s’assoit dans un coin et se contente de regarder, à défaut de participer. Mais lorsque la solitude a pesé plus que d’ordinaire, c’est auprès de sa maîtresse qu’elle cherche du réconfort et à qui elle confie son désarroi: « J’ai été toute seule en récréation aujourd’hui, personne n’a voulu jouer avec moi… ».

La maîtresse s’en va alors parler avec les groupes de copines déjà constitués. Les réactions sont variées et pas toujours tendres: « Oh, bah oui mais faut dire qu’ elle nous colle tout le temps, on en a marre nous à la longue! Elle nous embête! Et puis, il n’y a plus de place dans notre jeu, tous les rôles sont pris! Elle peut aller voir les autres aussi, il n’y a pas que nous quand même dans la cour!  » Les « rejetants » devenant presque toujours les victimes, à bien les écouter.

La maîtresse persiste: aucun enfant ne devrait jamais se retrouver seul et exclu dans une cour d’école. Le sujet est évoqué en classe. Sur le moment, tous les élèves sont sensibles à la solitude ou au sentiment de rejet d’un de leur pair. Au plus profond d’eux-mêmes, ils sentent bien que c’est dur et injuste. Et la majorité promet de bon coeur d’y remédier. Mais le temps passe, et les vieilles habitudes reviennent au galop.

Et puis, un matin, au moment du « quoi de neuf », Charlotte prend  la parole: « Samedi, c’était mon anniversaire. J’ai donné pleins d’invitations (elle cite plusieurs noms de la classe, une petite dizaine.) J’ai attendu. Mais personne n’est venu. Je ne sais pas pourquoi. »

Silence de mort dans la classe. Les concernés se tortillent un peu sur leur chaise, tristes ou gênés. Quelques uns se  justifient, un peu abruptement pour certains: « occupés ou pas là, ou encore prévenus trop tard, c’est pas de leur faute,  ils n’avaient pas de temps pour acheter un cadeau et puis c’était leurs parents qui ne voulaient pas! » Personne cependant n’a pris la peine de téléphoner pour dire qu’il ne pourrait pas venir.

La petite souris, elle, est horrifiée. Elle imagine Charlotte qui a dû attendre et espérer pour rien, à côté du gâteau qu’elle avait dû faire avec sa mère… Le chagrin que cela a dû être…  Et pourtant, pas rancunière pour deux sous, Charlotte annonce que pour l’occasion, elle a quand même amené des bonbons afin de les partager avec tout le monde ! A la vue des paquets,  la classe  entière jappe de plaisir et de reconnaissance, toute gène subitement (et déjà) envolée…  Curieusement, il n’y a plus que des amis dans la classe. « Dis, c’est quoi comme bonbons, Charlotte? Trop bien, mes préférés! T’es trop gentille! »

Et Charlotte de retrouver le sourire.

Finalement, c’est peut-être la Petite Souris qui a été le plus ébranlée dans l’histoire ! Si seulement cette mésaventure pouvait servir de leçon de vie à ces petits élèves. Apprendre à se mettre à la place de l’autre, ce serait déjà ça de gagné.  Elle n’a jamais aimé ces grandes distributions d’invitations dans les cours d’école. Certes,  c’est pratique et à première vue l’occasion idéale. Tout comme il est normal et naturel de ne  pas inviter toute la classe ni  d’aimer tout le monde, évidemment. Elle-même reconnait ne pas être super super copine avec la souris indélicate qui s’amuse à faire des trous partout  dans le potager de l’école, ça non. Mais bon, un peu plus d’empathie et de retenue ne ferait pas de mal parfois.  Et pour les enfants, c’est avec ce genre d’histoire que l’apprentissage du respect d’autrui  se construit…ou pas.

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