Le Mufle, la Bonne Pâte et la Taquine.

 

Le Mufle, la Bonne Pâte et la Taquine…

Cela sonnerait presque comme le titre d’un western… mais non, ce sera plutôt du vaudeville!  Bonne lecture… 🙂

Venant d’achever un nouveau manuscrit, je vais dans un magasin de papeterie-fournitures de bureau pour en faire imprimer deux exemplaires papier (plus facile pour se relire qu’un écran d’ordinateur).

Il y a là  le patron et deux employés un peu désoeuvrés dans leur grand magasin vide. Comme cela prend du temps de photocopier plus de 500 pages en deux exemplaires et qu’ils n’ont pas grand-chose d’autre à faire apparemment, ils trompent l’attente en se mettant à discuter,  faisant comme si je n’étais pas là, absolument transparente derrière le comptoir…mais aux premières loges!

Cela m’a toujours paru bizarre et gênant, ces gens qui étalent toute leur vie sans aucune discrétion ni pudeur, qui plus est devant une tierce personne, une inconnue, auditrice malgré elle.

Mais que je vous présente les protagonistes!

Le patron d’abord, la cinquantaine,  le verbe fort et ostentatoire, et qui à l’évidence, adore monopoliser l’attention et la parole. On le surnommera le Mufle ( vous comprendrez mieux plus tard). Face à lui,  ses deux employés « faire-valoir », un homme ( La Bonne Pâte) et une femme (la Taquine).

Le Mufle : Je suis emmerdé! Quelle poisse! Ma femme est encore en arrêt maladie. Les épaules coincées! ça recommence!

Il se met à imiter la posture tordue de sa femme, genre Quasimodo, grimaces et gémissements compris, un vrai acteur né. Ricanements complices des employés. Encouragé, il poursuit:

Je vais l’avoir sur le dos matin et soir! Déjà que le week end c’est long alors là… Et puis après, ça sera déjà les vacances et va falloir que je me la farcisse …

Gros soupir on ne peut plus éloquent.

La Bonne Pâte (compatissant ): Pas de chance! Elle est arrêtée longtemps?

Le Mufle : 15 jours! Maladie professionnelle! Va falloir qu’elle se trouve un autre boulot parce que ça commence à bien faire, ce cirque! ça devient une habitude!

La Bonne pâte (hyper compréhensif, ce brave homme): Ah ouais, 15 jours, c’est long… Une semaine, on supporte mais après, on se tape sur les nerfs…normal.

Le Mufle: Le pire, c’est qu’elle sera là même pendant mes RTT ! ça m’emmerde, vraiment! Moi qui voulais être tranquille…

Bonne Pâte (tendance lèche-botte????): ah ouais, ça craint…

Intervention de La Taquine qui glousse: Si elle peut plus bosser là où elle est, à cause de son dos, t’as qu’à l’embaucher au magasin!

Le Mufle: T’es folle, elle passerait ses journées devant les écrans de tablettes! Et puis quoi encore?! A la maison, c’est peut-être elle qui commande mais ici c’est moi! Manquerait plus que ça, d’avoir ma bonne femme sur le dos 24h sur 24!

Là-dessus, Bonne Pâte se souvient de moi et s’approche (enfin!!!) avec mes deux manuscrits imprimés et reliés. Tout sourire, satisfait de son travail. Ses yeux s’attardent alors sur le titre de mon ouvrage qu’il se met à lire à voix haute (manquait plus que ça…)

« Ad vitam eaternamQu’est-ce que ça veut dire? »

Il me fixe avec gentillesse. Je lui explique poliment, un peu crispée. Dans son dos, le Mufle ricane puis le chambre : « Pfff… ça se voit que t’as pas fait philo, toi! »

De la philo, bien sûr…

Bonne Pâte ne se laisse pas démonter, toujours aussi charmant :

« Vous êtes écrivain alors ? »

Réponse évasive de ma part, oui oui, c’est ça, trop envie de déguerpir ! Et je me retiens de justesse pour ne pas ajouter: « Et merci pour cette petite conversation, parce que ça valait son pesant de cacahuètes! »

La preuve: je n’ai pas résisté…

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *