La petite fille dans le train…

 

Hiver ! Grand froid et microbes en maraude… Un temps à rester chez soi, au chaud, sous la couette avec un bon livre, non?

La  petite histoire que je vais vous raconter parle de livres justement. Elle m’a été rapporté par mon amie Claire Zucchelli-Romer, (auteur de superbes et poétiques albums jeunesse pop-up que je vous recommande d’ailleurs vivement, dont Souffle! et  Percussion aux éditions Milan, pour voir, cliquez sur le lien en rouge!)

Lors d’un voyage en train, Claire eut pour voisines une maman et sa petite fille de deux/trois ans. Pour occuper l’enfant, la maman lui lisait un album. Mais la fillette n’avait à l’évidence rien à faire de l’histoire et écoutait d’une oreille distraite. Non, tout ce qui l’intéressait, c’était corner le petit bout des pages qui étaient à portée de ses doigts. Et sa maman à chaque fois de la reprendre : « Tu abimes le livre, arrête ça, sinon, je ne lis plus l’histoire et je la range. » Mais rien à faire: la maman reprenait le fil de sa lecture et la petite… ses pliages méthodiques. Au bout d’un énième avertissement plus qu’agacé, la maman mit à exécution sa menace et rangea l’album:  » Tu es en train de l’abimer, ce n’est pas fait pour ça un livre, alors on arrête, tant pis. » Et le livre malmené  disparut dans le sac-refuge. Et  la petite fille se mit à vomir.

Coïncidence plutôt cocasse, non, cette petite fille qui vomit  pile au moment où sa mère lui confisque l’album martyrisé?! Comme une révolte inconsciente et légitime de toute sa petite personne.

Anecdote qui pourrait passer pour anodine en apparence mais qui soulève pourtant quelques questions: à quoi ça sert un livre? Comment le traiter et l’utiliser?  Quel sort lui réserver? Objet sacré ou au contraire à désacraliser? Certains albums sont tellement beaux et paraissent si fragiles qu’on aurait presque envie de les mettre dans des vitrines, comme des objets précieux. En côtoyant ses lecteurs, Claire Zucchelli a fait ce constat: si les enfants s’approprient très vite le livre-objet, tout à leur exploration sensorielle, spontanée et  dénuée de tout scrupule, leurs parents et les adultes en général sont à l’inverse beaucoup plus timorés, respectueux ou soucieux de ne pas abîmer, n’osant pas trop manipuler de peur de déchirer. Or aussi fragile soit-il, un livre n’est-il pas fait aussi pour être touché, plié, corné, déchiré, réparé, recollé ou re-scotché, preuve qu’il a vécu et qu’il a été au contraire aimé et parcouru, voire goûté,  léché, humé, reniflé? Car qui dit que la lecture ne serait qu’une affaire de vue après tout? Quand j’étais enfant, la première chose que je faisais, avant de commencer un nouveau livre, c’était d’en sentir les pages! Et pour preuve qu’on s’attache peut-être plus aux livres un peu cabossés et qui ont bien vécu: lorsque j’ai dû faire du tri dans la quantité affolante de livres-albums qu’avaient mes enfants devenus grands, spontanément, je n’ai conservé que ceux qui avaient une âme, les rabâchés mille et une fois, les tâchés de chocolat, les mordillés et ceux qui conservaient encore des traces de petites quenottes. Parce qu’un livre, c’est bien plus qu’une simple histoire, non? Et ça peut se dévorer au sens propre comme au sens figuré…

Sur ce, je vous souhaite pleins de belles lectures, installés au chaud et douillettement de préférence et un bon voyage! Et surtout, n’oubliez pas d’affûter tous vos sens!!! A bientôt!

 

 

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