Histoires courtes

L’inspiration, quand on écrit, ça tient à quoi? A une étincelle, à une fulgurance. C’est toujours inattendu.  

L’inspiration, c’est volatile et jamais là où on l’attend.

Ecrire, c’est d’abord  écouter, entendre, observer, se laisser porter, contempler, s’imprégner. C’est collecter pleins de petits riens pour en faire un tout. Sublimer et transfigurer. 

Les sources d’inspiration sont innombrables. Toutes ne donneront pas des romans, juste des « Et si? Tiens, cela pourrait faire une histoire… » 

En voici quelques unes…

 

Rencontres au jardin

C’est le printemps, le jardinier est heureux ; il passe ses journées dans son jardin. Et fait des rencontres fabuleuses. Or on ne peut pas être jardinier sans être un peu poète, contemplatif et rêveur. Sinon, on ne verrait rien. On se contenterait de bêcher la terre et d’arracher les mauvaises herbes, ce qui en soi, serait un peu triste, non ?

En parlant de mauvaises herbes, ce fut la première rencontre de la journée. Sous un tas de feuilles mortes, au pied du jeune hortensia, près du mur, notre jardinier tombe sur deux gros yeux globuleux qui le fixent avec détermination. Enfoui dans la terre, il n’y a que la tête qui émerge. Un crapaud, commun certes mais super contrarié à l’évidence, d’avoir été découvert. Ses gros yeux papillotent et semblent dire : «  Mais fiche-moi la paix ! Je suis un prince charmant en mission ! Je suis en tenue de camouflage, tu vas tout faire foirer ! Va-t-en, laisse-moi tranquille dans mon trou ! »
Le jardinier se dit que si c’est le même crapaud que l’année dernière, il a en effet toutes les raisons du monde de se méfier et d’être inquiet. Dans un excès de gagatisme, le jardinier l’avait pris dans sa main, caressé sa peau grumeleuse puis l’avait montré à tous les enfants de la maison, qui chacun à leur tour l’avait aussi cajolé. Pire, la plus jeune, sous le charme (mais qui résisterait à un prince charmant en mission secrète ?) avait voulu l’emmener dans sa chambre. Seul un jet d’urine, formidable et impromptu de sa part, avait pu mettre fin à cette situation inadmissible et embarrassante.

Reconnaissons que le jardinier est parfois un peu taquin et joueur aussi.
Son attention a été attirée par une étrange grappe entre deux tiges de lys : pleins de points jaunes de la taille de gros grains de semoule. Des bébés araignées, serrés les uns contre les autres, tous en boule. Le vent léger les berce doucement. Fascinant. Combien sont-ils ? Une centaine ? Plus ? C’est plus fort que lui, le jardinier a l’esprit curieux. Il se met à souffler dessus. Aussitôt, c’est la grande débandade, le sauve-qui-peut général, des centaines de petites araignées microscopiques, toutes mignonnes, qui se carapatent dans tous les sens, aussi loin que leur nid en toile le leur permet. De la mère, par contre, aucun signe de présence. Ils ont beau être minuscules, ces petits sont déjà autonomes…

L’heure est au repos pour le jardinier. Chaise longue sous un arbre, entre soleil et ombre, les chaussures ont valdingué, les pieds à l’air.
Mais là, subitement, instant magique : d’un énorme cocon marron, collé sur le bois de la cabane, sort une étrange créature. Un gros corps pelucheux avec deux minuscules ailes toutes chiffonnées et rabougries. Il a vraiment l’air mal fichu, mal formé même et tellement maladroit qu’il en chute dans l’herbe. Et là, tel une grosse larve empâtée, il se met à ramper dans l’herbe, laborieusement. Le jardinier finit par le perdre de vue. Il n’allait pourtant pas vite, pataud qu’il était. Jusqu’au moment, où le jardinier souhaitant remettre ses chaussures, le découvre… dans l’une d’elle, suspendu façon chauve-souris ! Ses ailes toutes fripées, toutes ridicules, se sont épanouies, étirées. Il est en train de prendre des forces, se familiarise avec l’air et le soleil. Un magnifique papillon de nuit ! Naissance en direct. Délicatement, le jardinier secoue sa chaussure. Mais non, le papillon n’a pas fini de se reposer et reste accroché. Alors pas grave, le jardinier rentrera pieds nus.

PS : avis aux spécialistes,  quel est le nom de ce papillon ?






 

 

 

 

Comment recycler le grand-père?



Un jour, passant à côté d'une petite fille en compagnie de ses grands-parents, j'entends cette dernière dire à son grand-père: "Tu sais, papy, quand tu seras mort, je te recyclerai."

C'était comme une promesse, pleine d'assurance. J'ai trouvé ça à la fois drôle, intrigant et magnifique.

L'enfance, qui ne doute de rien. Comme si cela coulait de source.

Mais comment ça se recycle, un papy?

En le mettant dans le compost avec les déchets végétaux? Retourné à la terre, transformé lentement en terreau puis mélangé aux fleurs et aux légumes, prêt pour une seconde vie, sous forme végétale ? J'imagine un papy réincarné en carotte, chou ou poireau, puis cuisiné, avalé et digéré. Boucle bouclée.

A moins qu'il ne devienne pissenlit. Mourir, n'est-ce pas manger les pissenlits par les racines? Il ne manquerait plus, alors, qu'une petite fille pour souffler sur les aigrettes blanches afin qu'elles s'envolent aux quatre vents, objectif : semer partout. Et renaître?

Recycler, pour éviter la perte définitive.
J'aurais aimé me faire toute petite, pour écouter la suite de cette conversation. Suivre le raisonnement de cette petite fille, à quoi pensait-elle exactement, avait-elle une idée précise? Je suis sûre que j'aurais été surprise...

En attendant, je continue de chercher...