Sortie dans le marais

Sortie dans le marais

Aujourd’hui, la classe est partie dans le marais pour une animation autour de la mare… et ce fut toute une aventure.

Le départ se fait sans trainer à cause des horaires de bus qu’il ne faut pas louper. Pas le temps donc de téléphoner à la maman de Sofiane qui a oublié (encore) son pique-nique. Tant pis, on se débrouillera sur place et chacun partagera un petit peu! Pas le temps non plus de s’attarder (et de se lamenter) sur les petites chaussures en toile de certains élèves, inappropriées pour l’activité prévue, sans parler de la météo capricieuse qui a été annoncée… Hop, le rang s’ébranle et d’un bon pas, sans faillir, se met en route.

Trois quarts d’heure et un changement de bus plus tard, les élèves arrivent enfin sur le lieu où l’animateur les attend. La classe laisse derrière elle le bruit de la ville et s’engage dans un petit chemin de campagne, qui longe des prés dans lesquels broutent des chevaux. « Oh des chevals » s’exclament des élèves ébahis. Oreilles de la maîtresse qui grincent, ça fait des semaines qu’on rabâche en classe le pluriel des noms, rien à faire. Alors, histoire de vérifier (ou d’enfoncer le clou): « Et comment on appelle la femelle du cheval? ». La réponse, pleine d’entrain, fuse sans tarder: » La chevalière! La chevaline! ».

Quelques mètres plus tard, le petit Gaspard affolé pile net, provoquant un carambolage et quelques marmonnements: « Maitresse, j’ai plus mon sac de pique nique! Je l’ai oublié dans le bus! ». Ah! manquait plus que ça ! Ce n’est pas comme si la maitresse n’avait pas répété au moins vingt fois: « on vérifie si on a bien son manteau et son sac avant de descendre du bus… »! A l’évidence, ce n’était pas suffisant. Tout le monde console le petit élève désemparé, allez, pas grave, on se débrouillera comme avec Sofiane, à l’aventure comme à l’aventure!

Arrivés enfin sur place, la classe est repartie en deux groupes qui alterneront les activités: le premier commence par l’activité autour de la mare tandis que l’autre se lance dans la fabrication de mandalas naturels. Les petites chaussures en toile ne résistent pas aux grandes herbes trempées. Tant pis, pas le choix. Près de la mare, cernée d’iris jaunes et de joncs, la classe commence à réfléchir sur le rôle d’une mare, autrefois et de nos jours. « Certains animaux sauvages viennent y boire. Lesquels à votre avis? » s’enquiert l’animateur. « Les vaches? Les poules? Les chiens? » suggèrent en choeur les élèves. « Des animaux sauvages, insiste l’animateur patient. Par exemple, comment appelle-t-on un cochon sauvage? ». Long moment de réflexion, regards perplexes… jusqu’à la révélation subite: « Le cochon d’Inde ! ». » Mais non, le sanglier? Personne ne connait ce nom? » A nouveau, regards perplexes, non, vraiment, ça ne dit rien… ou vaguement. L’animateur pêche quelques petites bêtes dans la mare avec son épuisette, qu’il met ensuite dans les petits flacons munis de loupe. Séance d’observation et d’identification: petites grenouilles agiles, larves de demoiselle ou de triton, têtards… Cris d’émerveillement et d’horreur mêlés, on fait des moulinets avec les bras, manquant de renverser les pots remplis d’eau à cause des inévitables moustiques qui tournicotent autour des nuques… les joies du marais.

Pendant ce temps, le second groupe court dans tous les sens à la recherche de tout ce qui peut constituer leurs mandalas naturels: bâtons, fleurs, herbes fauchées, cailloux. Enthousiastes, certains fabriques de minis abris: « On fait comme les hommes préhistoriques! « . Attention, ce sont des orties! » prévient la maîtresse. Trop tard! Cris et sauts de cabris, il faut maintenant attendre que la brûlure passe! Lucas, lui, hulule la même litanie depuis un quart d’heure: « J’ai faim! c’est quand qu’on pique nique? » « Mais il n’est que dix heures, c’est encore trop tôt! »

Quand arrive enfin l’heure du pique-nique, tout le monde se rue sur son sac; pas trop tôt! Solidaires, les élèves partagent sans hésiter avec les deux élèves qui n’ont pas leur repas. Tout à coup, Mamadou appelle la maîtresse au secours: vision d’horreur dans le sac. Tout le pique nique baigne dans du yaourt et du pot, il ne reste qu’un tas tout éventré. Quant aux quatre malheureuses fraises emballées dans une pochette en plastique, ce n’est plus qu’une bouillie rose. Misère, misère… et désolation. Les autres élèves se proposent spontanément pour donner quelques morceaux de leur pique nique au malheureux Mamadou, dont même le sandwich ruisselle sous le yaourt. Martin, lui, a apporté des caramels, à partager avec tout le monde. « Maitresse, j’ai perdu ma dent ! » s’écrie alors Myriam. Scène cocasse: la dent en question est restée collée dans le caramel.

Au retour, la classe retombe par hasard sur le même conducteur de bus… qui annonce avoir retrouvé un sac de pique-nique ce matin! Incroyable! On pourra le récupérer au kiosque qui fait office de dépôt, au moment de changer de bus! Si ce n’est pas une heureuse coïncidence! Dans le bus, Mohamed s’est assis à côté d’une dame souriante qui engage la conversation. Soudain, la maîtresse éberluée voit Mohamed donner une grande claque sur le front de la dame: « Mais qu’est-ce que tu fais, Mohamed? ça ne va pas?! ». « Mais elle avait une bête sur la tête, maîtresse! ». La dame est morte de rire, l’élève confus, et la maîtresse un peu ahurie. Au moment de changer de bus, une maman a le temps d’aller récupérer le sac de pique nique égaré. Coralie choisit alors cet instant précis pour dire: « Moi aussi j’ai oublié mon manteau dans le bus ce matin… ». » Et ce n’est que maintenant que tu me le dis? » Le bus est sur le point de partir. La maman héroïque fonce à nouveau au kiosque. Triomphante et toute essoufflée, elle revient in extrémis avec le manteau. Mais Coralie secoue tristement la tête: « c’est pas le mien ».

Le soir, la maîtresse accompagne les élèves à la grille devant laquelle les parents attendent. Elle intercepte la maman de Sofiane et évoque le pique-nique oublié. Réponse flegmatique: « Ah bon? ». A ce moment, la grand-mère de Jonathan s’approche et annonce: « Il dit qu’il a oublié sa casquette dans le bus! ». La maîtresse lève les bras au ciel: « Comment ça? Encore! « . « Pas grave, reprend la grand-mère, on viendra la chercher quand vous l’aurez récupérée. » La maîtresse explique alors qu’il leur suffit d’aller au kiosque des bus, dans le centre-ville et qu’ils y retrouveront la casquette sans problème. Ce à quoi répond la grand-mère: « Oh, pas envie de courir là-bas, tant pis. »

Unknown

Cochon sauvage du marais