Sexisme à tous les étages

Théophile a 6 ans. En classe, il a toujours besoin de se faire remarquer : il parle plus fort que tout le monde, attire l’attention sur lui par toutes sortes de propos souvent grossiers ou provocants. Il est habitué à exiger et tout est prétexte à râler. Ce jour-là, il est particulièrement agité, quand tout à coup, il interpelle la maîtresse (genre beuglement à faire lever toutes les têtes):

« Bon, on fait quoi maintenant femmelette? »

Inutile de préciser que la maîtresse a failli en tomber à la renverse… et que la réplique n’a pas trainé.

Femmelette, quel drôle de mot pourtant, qui  rime comme omelette, saperlipopette, pirouette et cacahuète. Cela a bien fait rire les autres enfants, certains ne le connaissaient même pas, quelle trouvaille! Quant à Théophile, tout fier de son éclat, on se demande (pour la forme) où il l’a entendu…

Le soir même, la maîtresse a rendez-vous avec la maman d’un autre enfant dont le comportement s’avère problématique: agressivité verbale et physique quotidienne envers les autres élèves, grosses colères, conflits permanents avec les adultes. Bref le vase déborde. Fatigue nerveuse, usure, exaspération.

La mère, fataliste, écoute, hausse les épaules puis confie son désarroi :

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? Moi, il ne m’écoute pas de toute façon. Il me traite de pouffiasse et parfois il me tape aussi. Il y a que son beau-père qu’il craint! Avec lui, y a pas de problème, il file droit, ça oui! Mais moi,  je sais plus quoi faire! Je lui ai déjà dit que j’allais le mettre dans une famille d’accueil s’il continue comme ça! Et puis à l’école, si ça marche pas avec lui, c’est normal: les maîtresses ne sont pas assez autoritaires. D’ailleurs, il n’y a que des femmes dans les écoles…alors, forcément! »

Bah oui, tiens, forcément… Maintenant qu’on le dit – révélation! – le problème viendrait donc de là?! Aïe, pas gagné alors quand on sait que dans l’enseignement primaire, 82% des enseignants sont des femmes…

Petit débriefing  entre collègues, le soir, après les mille et unes péripéties d’une journée presque ordinaire, l’instant « SAS de décompression » avant de rempiler sur la seconde journée de travail qui les attend, maison-famille-enfant-courses-lessive etc… L’une raconte qu’elle s’est pris un coup de pied dans le tibia en voulant intervenir dans une bagarre. Une autre: qu’un de ses élèves a balancé son cahier à travers la classe, sous prétexte qu’il n’avait pas envie de faire son travail. Dans un autre classe, c’est Machin qui a renversé sa table pour manifester son mécontentement.

« Il faudrait plus de collègues masculins dans les écoles primaires, commente alors l’une d’entre elles. Malheureusement, inutile de les chercher, ils sont en voie de disparition… Ou alors il faudrait  rendre les salaires plus attractifs… »

Long silence songeur. Rendre les salaires plus attractifs…? Juste pour attirer les hommes?

En quel honneur?

Parce qu’il serait dans l’ordre des choses que les femmes se contentent, elles, de salaires non attractifs?

Sexisme ordinaire… à tous les étages.