Mission commando

Mission commando

Ce jour-là, la classe des CM1 participe à une course d’orientation en forêt de Fontainebleau. La sortie dure la journée, on a pris le car et un pique nique a été prévu. Beaucoup d’élèves n’ont jamais mis les pieds hors de leur quartier parisien, grandes tours coincées entre le périphérique et les voies de chemin de fer. Béton gris à perte de vue. Aussi s’émerveillent-ils de tout. C’est l’automne et les arbres semblent vêtus d’or et de pourpre. Cela sent la terre, la mousse, les champignons. De gros rochers, incongrus et mystérieux, jaillissent ici et là, invitation à l’escalade et à de passionnantes parties de cache-cache. C’est une forêt immense, majestueuse, parcourue par une multitude de sentiers qui zigzaguent à l’infini. Dans laquelle, on pourrait vraiment se perdre… L’histoire du Petit Poucet occupe tous les esprits. C’est vallonné: ça grimpe et puis ça descend, sans cesse. Le sol est sablonneux. On croise quelques randonneurs et même des cavaliers, qui laissent les enfants rêveurs. Et puis soudain, il y a comme un embouteillage et plus personne n’avance: la classe entière est en contemplation devant un bousier à l’oeuvre et qu’il ne faut surtout pas écraser.

Les groupes ont été constitués et les enfants ont cavalé dans tous les sens, boussole et cartes en main, en y mettant du coeur et de la voix. Jusqu’au coup de sifflet final, qui rappelle tout le monde. Il n’y a pas eu un seul temps mort et personne n’a vu les heures passer. Il est temps maintenant de reprendre le chemin qui mène au car. Mais pour cela, il y a encore un peu de marche. Les enfants trainent, le rang s’étire, ils en ont plein les jambes. Les joues sont rouges et le souffle court. Le grand air les a mis K-O. Pas habitués.

C’est alors qu’au détour d’un chemin, gros coup de théâtre! La classe tombe nez à nez avec des militaires à l’entrainement, surgis de nulle part, sans crier gare. La voilà qui se retrouve encerclée et la forêt qui semble comme envahie; ça grouille de partout, c’en est presque effrayant. Ils avancent en rampant dans les fougères, en tenue de camouflage, treillis et visage barbouillé de noir. Silencieux et impassibles tandis que la classe les dévisage, ahurie. La scène est surréaliste. Pour ces jeunes militaires, pas question de se laisser distraire ou détourner de leur mission. D’ailleurs, il y en a un qui surgit subitement d’un taillis et qui traverse le sentier en rampant, à quelques pas des enfants, coupant le rang en deux, comme s’ils n’étaient pas là. La classe est si stupéfaite qu’elle s’en est figée. Puis le soldat disparait dans les fougères, comme avalé, sans un bruit, à croire que tout le monde a été la proie d’une hallucination.

Les militaires sont partis. Une apparition aussi furtive qu’inattendue. Extraordinaire. Tout le monde est sonné.

Martin est le premier à rompre le silence, ébahi : « On n’a pas vu de biche parce qu’on faisait trop de bruit mais on aura vu des soldats! Trop cool! »

Tout le monde acquiesce, les yeux brillants. Quelle aventure!

Linda de se tourner alors vers la maîtresse, perplexe:

 » Mais pourquoi ils rampaient? Ils sont handicapés? »