Les chaussettes

Une histoire de chaussettes

Un matin d’automne. Le temps est glacial, à peine 3° C au thermomètre. Un ciel noir menaçant.

Gaspard, 6 ans, arrive à l’école à peine couvert: petite veste légère et chaussures en toile, de celles qu’on met en été et par temps sec de préférence.

Il boîte. Mais pas très étonnant, c’est le genre de chaussures qui donnent tout de suite des ampoules… quand on les met sans chaussettes. Sa maîtresse va le voir et  de fait, la peau est complètement à vif à l’arrière du pied gauche, qui est nu dans la chaussure.

« Tu es venu pieds nus par ce froid?!  » s’exclame-t-elle.

L’enfant hausse les épaules, embarrassé. Continuant son inspection, la maîtresse remarque alors, surprise, que le pied droit, lui, a  une chaussette! Rose fluo et  mise sur l’envers, peut-être à cause des petits coeurs bleus que l’on devine derrière…

« Ah bah ça alors! Tu n’as mis qu’une chaussette? Mais elle est passée où, l’autre? »

Moue évasive du petit garçon:

« J’en ai pas trouvé d’autres à la maison… »

« C’est la seule chaussette qu’il y avait? »

« Oui. »

« Bon… Viens avec moi, on va aller  en salle des maîtres pour qu’on te mette au moins un pansement sur ton bobo. Il ne te fait pas trop mal? »

« Si, un peu. Mais ça va. »

Sacré petit gars, dur au froid et dur à la douleur… Si la maîtresse n’avait rien remarqué, il n’aurait rien dit pour son bobo.

Le lendemain matin, le temps est à la pluie, 6°/ 7° C au thermomètre.

Gaspard revient avec ses sempiternelles chaussures en toile.  Il boîte toujours. La maîtresse s’approche pour vérifier s’il a encore un pansement sur son ampoule. En lui soulevant légèrement le pantalon,  une forte odeur de pieds jaillit, redoutable.  La chaussette rose fluo de la veille ( et peut-être de l’avant-veille et de l’avant-avant-avant veille, vu l’odeur!) a décidé de jouer les prolongations, fidèle au poste, et toujours enfilée sur l’envers. Mais elle a  changé de pied et migré vers celui qui est blessé.

Petite amélioration notable cependant: le pied droit a  réussi à se dégoter une chaussette, lui aussi, ouf !! Une chaussette … toute noire et qui lui monte presque jusqu’au genou.

« Et l’autre chaussette noire, tu ne l’as pas mise? » s’enquiert la maîtresse.

« Non, je sais pas où elle était, j’lai pas trouvée. »