Lapin surprise!

Lapin Surprise!

Pour les élèves de la classe, tout a commencé un matin, avec la lecture d’un documentaire très instructif (mais pas anodin) sur le mode de vie des… lapins. Puis, à la fin, la maîtresse a dit: « Au fait, si l’un d’entre vous est intéressé, il se trouve que j’ai chez moi un adorable petit lapin qui cherche une famille pour l’accueillir… ». Cris de joie et d’excitation dans la classe, toutes les mains levées… « Mais avec l’accord des parents bien sûr… »

La maîtresse s’est alors mise à raconter à la classe toute ouïe la drôle d’histoire qui lui est arrivée pendant les vacances.

« Un soir, un petit lapin est tranquillement entré dans notre jardin pour venir s’installer dans l’herbe, juste à nos pieds. D’où sort-il? S’est-il sauvé? A-t-il été abandonné? Il n’a pas une tête de lapin de garenne, ni de lapin en chocolat, il serait même du genre angora plutôt raffiné et se laisse facilement attraper. »

Elèves bouches bées, on entendrait une mouche voler…

Où l’on se retrouve devant le fait accompli…

« Après une enquête de voisinage infructueuse, l’affaire est vite pliée: mes enfants piaillent d’émerveillement, ce serait trop cruel de l’abandonner! Les deux petites voisines venues en renfort proposent déjà une garde alternée… D’ailleurs on peut dire que dans son infortune, il a de la chance: cette nuit, plus besoin de dormir dans le froid, il va pouvoir squatter la cage de notre cochon d’Inde Litchi! Quand il y a de la place pour un, il y en a forcément pour deux, non?

Dans quoi s’est-on engagé?

« Voilà notre lapin qui prend ses aises, pas farouche pour deux sous. Or il a beau être un lapin nain et ressembler à une peluche vivante, il fait quand même le double de notre petit cochon d’Inde et prend littéralement toute la place dans la cage quand il décide de s’allonger… La cohabitation s’annonce un peu compliquée… et forcément provisoire!

Bonne pâte, il se laisse examiner. Verdict : ça a tout l’air d’être un mâle. Les enfants sous le charme le baptisent Noisette… Avec Litchi, ils s’entendent plutôt bien et dorment blottis l’un contre l’autre. Il ne faut pas grand chose pour nous attendrir et cela nous ferait presque oublier ses petits travers… à savoir une boulimie effrénée, une tendance à l’hyperactivité avec le besoin frénétique de sortir plusieurs fois par jour pour se dégourdir les pattes, sous peine de démolir la cage. Et même s’il nettoie parfois les endroits inaccessibles, la tête enguirlandée de toiles d’araignée, on peut aussi le suivre à la trace, petites crottes ici et là, débris de paille et de litière partout dans le salon, ah mais!!!! »

Noisette ou Lapin Crétin?

« On commence à se poser la question. Car notre invité surprise est parfois pris de grains de folie et envoie tout valdinguer dans la cage: gamelle, litière éparpillée. Même la petite cabane en bois de Litchi, sous laquelle elle imagine qu’on ne la voit plus, se retrouve soulevée-retournée, comme prise dans une tornade! Ce lapin est soit très taquin ou très joueur, soit un peu timbré. Mais si Litchi en est parfois toute déboussolée, que dire de Tibus, le cochon d’Inde des voisines, qui découvrant à son tour le lapin semble littéralement perdre la boule? Le voilà à jouer les jolis coeurs avec roucoulements et roulements du popotin, le grand jeu, la totale! S’il avait des plumes, il ferait la roue! Mais enfin Tibus, c’est UN LAPIN et un MÂLE!! »

Recherche une famille d’accueil…

C’est décidé: Noisette est craquant mais la cage beaucoup trop petite. Il est urgent de lui trouver une nouvelle famille qui saura bien s’en occuper. Bien sûr, la maîtresse pense tout de suite à ses élèves!!!

A nouveau, toutes les mains se lèvent. Partout ça chuchote: « Qui va prendre le lapin? Trop de chance! Pas juste ! Moi, je suis allergique aux poils de chats! C’est pareil avec les poils de lapin? »

Dès lendemain, deux familles d’élèves se manifestent pour recueillir le lapin. Pas le choix, il va falloir tirer au sort. Pas facile. Le suspens est intolérable. Finalement, c’est à Paul que la chance sourit. Le temps que la famille se retourne, achète une cage, une date est fixée dans trois jours pour amener Noisette à son nouveau propriétaire tout content et impatient. En classe, tous les élèves suivent le feuilleton avec passion. Mais… que serait un feuilleton sans ses rebondissements???

Tibus avait tout compris, LUI!

En classe, ce matin-là, personne n’a oublié que c’est le fameux jour où la maîtresse doit enfin apporter le lapin à Paul. Mais voilà, il y a eu comme un petit contre-temps et… il faudra attendre un peu plus longtemps que prévu… La maîtresse explique à la classe suspendue à ses lèvres : « Tout était prêt pour le déménagement du lapin. Mais depuis deux jours, ce dernier semblait être sur les nerfs. Il cherchait désespérément à creuser un trou dans la cage et faisait un raffut de tous les diables. Autre problème : Lui et Litchi n’étaient plus copains du tout et n’arrêtaient pas de se courser pour se mordre! Puis un soir, en rentrant de l’école, ma petite benjamine crie: « Maman, le lapin a perdu sa queue! ». Mince, manquait plus que ça! Et de fait, il y avait une grosse touffe de poils dans la cage.  »

Frémissements d’horreur et de compassion dans la classe. Le pauvre!

« Non, notre lapin n’avait pas perdu sa queue mais il semblait en proie à un pic de stress aigu: il s’arrachait les poils du ventre, en faisait des boules qu’il mêlait à la paille et recommençait inlassablement. Au comble de la frustration, il finit même par virer Litchi de sa cabane pour s’y faufiler. Peine perdue, trop gros, il ressemblait tout au plus à une tortue poilue. On a supposé qu’il avait peut-être besoin d’avoir un terrier pour s’y cacher, l’instinct? Alors on lui a donné une montagne de paille et en effet, il a commencé son petit aménagement, méthodiquement et patiemment. La nuit tombée, il a fini son nid et on n’a plus vu que le bout de sa queue. Il était enfin calme et rassuré…Ouf! »

Oui, en effet, ouf, soupire la classe en choeur.

« Mais le lendemain matin, réveil en fanfare par les cris de terreur de Litchi, que le lapin course comme un enragé. Pas le choix, il faut les séparer avant que notre cochon d’Inde finisse en chair à pâté… On est à J-1 avant que Paul le recueille!!! En attendant, Litchi devra patienter dans un seau de jardinage, aménagé pour l’occasion. Mais à cet instant précis, coup de théâtre et nouveau cri de ma fille: ça bouge sous la paille! »

« Oh! Une souris? Un serpent qui est entré dans la cage? » s’inquiète la classe.

« Mais non! En fait, notre lapin était… une lapine! Elle a mis bas dans la nuit: quatre petits lapereaux tout nus, sourds et aveugles pour le moment, qu’elle a bien enfoui sous un tas de paille et de poils mêlés. »

Attendrissement général en classe, incroyable! Trop mignon!

Paul devra donc attendre encore un peu pour avoir un lapin… quand les petits seront sevrés… d’ici 4/5 semaines? Mais heureux hasard, mon autre élève, malchanceux au tirage au sort, pourra avoir aussi le sien, finalement…

De notre côté, une question existentielle nous turlupine : en sachant que la gestation d’un lapin dure entre 18 et 21 jours, et que notre lapine est chez nous depuis 17 jours… avec qui a-t-elle fauté? Quelle tête auront ces petits lapereaux? Mi-garenne, mi-lièvre, mi-angora? ça promet encore quelques belles surprises et d’autres rebondissements à notre feuilleton!