Histoires gratinées de la petite Souris

Déjà la fin d’une année scolaire qui se profile, de quoi plonger Une petite souris à l’école dans ses souvenirs. Toujours aux premières loges, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle en aura vu passer, des élèves (une curieuse et parfois surprenante espèce…)

Or, la Petite souris a une mémoire d’éléphant et un tempérament un peu maniaque de rat de bibliothèque. Elle a soigneusement tout consigné dans son album de souvenirs…

Aujourd’hui, elle a décidé d’ouvrir l’album à la rubrique… « Les Gratinés » (Et non, il n’est pas question de fromage…)

Impunité

Emile, 7 ans, a une tête d’ange et on lui donnerait le bon dieu sans confession… Fatale erreur ! Particulièrement asocial, il accumule les problèmes de comportement et d’incivilité à l’école. Ce jour-là en classe, il insulte copieusement sa petite voisine ( de  gros jurons dont je vous ferai grâce…). La maîtresse, indignée, lui demande de présenter  ses excuses à la petite fille. La classe entière est toute ouïe et retient son souffle. Emile refoule des larmes de colère, tente de se dérober, proteste puis acculé, lâche un « je m’excuse » du bout des lèvres, avec rancoeur. Le lendemain, Emile ne vient pas à l’école. Il ne réapparait que le surlendemain avec  un mot de la maman dans le cahier de correspondance :  » Hier, mon fils n’a pas pu venir à l’école parce qu’il a été traumatisé et humilié d’avoir dû présenter des excuses devant toute la classe. » Maîtresse éberluée, c’est peu de le dire… Quant à savoir si la petite voisine, elle, a été humiliée ou pas par l’insulte (devant toute la classe), quelle importance, une broutille après tout?!

Les lunettes

Samira, 7 ans,  est une petite fille peu loquace, renfermée et souvent renfrognée. Elle n’a pas d’amis et ceux qui s’y sont risqués, (les confiants et les gentils)  y ont laissé quelques plumes, rembarrés comme des malpropres. Un jour, elle arrive à l’école avec des lunettes toutes neuves. Très contrariée à l’évidence. La maîtresse la complimente et la rassure mais peine perdue, ne reçoit en retour qu’un regard noir. Ces lunettes, elle n’en voulait pas, elle ne les aime pas et elle le fait très vite comprendre: dès lors, elle n’aura de cesse de les « perdre ». A chaque fois, les autres élèves les retrouvent dans des lieux plus incongrus les uns que les autres: derrière les WC, dans leur casier, sur le rebord d’une fenêtre dans la cour… La maîtresse finit par se fâcher. Et puis au bout de quelques semaines, Samira arrive sans lunettes,  prétendant que ses yeux sont guéris et qu’elle n’en a plus besoin. Soupçonneuse, la maîtresse vérifie dans le cartable si elles n’y sont pas à tout hasard: la petite fille a la mine des mauvais jours, qui n’augure rien de bon. Mais non, aucune trace des lunettes. Trois jours plus tard, coup de théâtre: Samira a un mot de sa maman dans le cahier de correspondance et en tendant le cahier, lâche sèchement: « Maman n’est pas contente après toi! » Allons bon???? Le mot est une véritable douche froide, totalement surréaliste: la mère à moitié hystérique « somme la maîtresse de rendre à sa fille les lunettes qu’elle a osé lui confisquer! »  « Samira, c’est une plaisanterie? Maman croit vraiment que c’est moi qui ai confisqué tes lunettes? C’est ce que tu lui as raconté? » Hochement affirmatif de la petite fille imperturbable. La maîtresse est…abasourdie. Aussitôt, branle-bas de combat: toute la classe (qui commence à devenir experte en la matière) se met à chercher les lunettes de Samira: elles sont forcément planquées quelque part. La maîtresse (échaudée) vérifie même dans son bureau, au cas où… jusqu’à ce que le petit Gaspard crie tout ébahi: « Elles sont dans mon cartable! Je te jure, c’est pas moi, maîtresse! Je les ai pas prises…! » Bien sûr que non, Gaspard n’y est absolument pour rien. Il suffit pour ça de regarder le visage hostile de Samira qui n’a pas bronché.  Le soir, la maîtresse remet les lunettes en mains propres à la mère et lui explique toute l’histoire. Mais telle mère telle fille. La femme écoute sans broncher, la mine méprisante, l’air de dire  » raconte ce que tu veux, tu ne me l’as fait pas! » et puis lui arrachant les lunettes des mains, tourne les talons sans un au revoir ni un merci.

Au Paradis

Cette anecdote  remonte à une dizaine d’années, quand on pouvait encore ouvrir  les fenêtres en grand dans les classes par fortes chaleurs…C’était avant…Walter.

Walter, 9 ans, présente (lui aussi ) de sérieux problèmes de comportement.  Il lance des bordées de jurons à la cantonade  pour le plaisir de voir les mines offusquées de ses camarades. Pousse sa table et sa chaise avec fracas dans le but d’écraser tous les rangs  de devant. Quand un élève écrit au tableau, il se lève  brusquement en brandissant son crayon comme un couteau pour faire mine de le poignarder. Puis retourne  à sa place en courant. Parfois il saisit sans crier gare  le cahier d’un voisin et gribouille dessus. S’amuse à donner des coups de pieds dans les cartables, à faire tomber tous les manteaux, à shooter dans la poubelle. Les sanctions tombent les unes après les autres, ça glisse sur lui. Un jour, après une énième provocation, la maîtresse lui dit qu’ il restera  en classe avec elle pendant une partie de la récréation. Walter n’est pas d’accord, évidemment. En un bond, il se saisit alors d’une chaise, grimpe dessus  et fait mine d’ouvrir le fenêtre pour sortir par là, coûte que coûte. Or la classe est au premier étage. Les élèves crient, paniqués et la maîtresse  le rattrape un peu rudement. La mère est  convoquée dès le soir même. Elle arrive en retard, nonchalamment, en remorquant son fils goguenard. Une chaise est mise à sa disposition face à la maîtresse et au directeur. Enorme et flasque, elle s’affale dessus en la faisant craquer sous son poids. Puis elle écoute, yeux mi-clos, apathique, l’interminable liste de plaintes de la maîtresse.  Aucune réaction de sa part sauf de temps en temps une espèce de grognement difficile à interpréter… Arrive  l’épisode de la fenêtre.  Et là miracle! La voilà qui entrouvre les yeux, l’air subitement réveillée. Elle se tourne vers son fils qui n’a pas cessé de glousser en douce. Et d’une grosse voix elle s’exclame alors:  « Mais t’es pas fou  Walter? Quand on se tue, on peut plus aller au paradis!!! »

(Après cet incident, toutes les fenêtres de l’école furent réglées en sorte qu’elles ne puissent plus être qu’entrebâillées, même par fortes chaleurs. Mesure préventive oblige. )