Album souvenirs de la petite souris

Album souvenirs 

L’ autoportrait de Milla.

Dans le cadre d’un travail en arts visuels, des élèves de CP font leur autoportrait à la craie grasse. Milla est une petite guyanaise arrivée depuis peu en métropole, peau noire et pleins de petites nattes sur la tête dans lesquelles tintinnabulent des perles colorées. Quand elle a fini, elle va voir sa maîtresse et montre fièrement son dessin. La maîtresse est un peu surprise :  » C’est ton visage que tu as dessiné? » La petite fille hoche la tête avec vigueur, oui, elle s’est dessinée telle qu’elle est…ou s’imagine être? Car sur la grande feuille de papier canson, Milla est une petite fille aux longs cheveux blonds comme les blés et aux yeux bleu myosotis…

Le grand frère

Alors que la classe est de sortie en ville, Antonin, 7 ans, interpelle sa maîtresse. Il est tout secoué et les mots se bousculent dans sa bouche: il vient de voir son grand frère sur le parking de l’ancien supermarché désaffecté. « Maman va pas être contente! Mon grand-frère fait plein de bêtises en ce moment! Il a même été à la police parce qu’il a volé des choses dans un magasin! Il veut plus écouter papa-maman et il crie tout le temps à la maison. Il veut plus aller au collège. Je sais pas ce qu’il fait là.  »  Ce grand frère, la Petite Souris s’en souvient très bien. Sept ans plutôt, il était dans la classe. Un petit garçon sans histoire et très discret…

Souffrance

Mamoudou a 10 ans.  Tout en muscles. Tout en sensibilité exacerbée aussi. Un écorché vif. Le trop-plein de rage, de chagrin, d’impuissance, d’injustice, il l’évacue à coups de poings. Bagarres à répétition, il pleure comme un tout petit mais cogne comme une brute, aveuglément.  Sa maîtresse accourt la première sur les lieux. Pas le choix, il faut rentrer dans l’empoignade; les deux enfants sont devenus complètement sourds et hermétiques à leur entourage. Ceinturer à bras le corps Mamadou qui sanglote, rue et vocifère, et esquiver tant bien que mal les coups. « Il a insulté ma mère!  » hurle-t-il en essayant de s’échapper, quitte à faire mal. Un collègue arrive en renfort, il est plus fort, il prend le relais.  La maîtresse en profite pour éloigner l’autre élève, nez et bouche ensanglantés. Dans son dos, Mamadou  se débat toujours.

De l’altercation, la maîtresse a hérité un beau bleu sur le bras: l’empreinte très distincte des cinq doigts de Mamadou quand il a cherché à s’échapper. Le lendemain matin, quand elle passe devant le rang, Mamadou remarque l’hématome mais ne dit rien.

C’est l’heure de la récréation, la classe se vide. Sauf Mamadou qui traine, le visage fermé. Ce n’est qu’une fois seul qu’ il décide alors de s’approcher de sa maîtresse. La mine totalement bouleversée, il fixe la marque sur le bras. Puis, au bord des larmes, bafouille:   « Pardon maîtresse. Je voulais pas te faire de mal et de peine. Pardon.  »

Fausse alerte

La récréation bat son plein depuis à peine quelques  minutes quand la sonnerie retentit soudain, insistante. Regards un peu interloqués des élèves qui regagnent malgré tout docilement le préau, pour se ranger. « Fausse alerte » crie alors l’une des maîtresses,  « Vous pouvez encore jouer un peu, ce n’est pas l’heure! » C’était juste Liam, le petit trisomique de la classe d’ULIS qui a sonné. Parfois, Liam aime bien faire des blagues et ce n’est pas la première fois! Ah ouf, tant mieux! Et tous les élèves de s’égailler à nouveau, soulagés et… habitués. Sacré Liam!