Du côté des maîtresses, par le petit bout de la lorgnette…

Pour débuter l’année 2016 dans la bonne humeur et le sourire, je vous invite à découvrir un petit abécédaire malicieux sur le quotidien des professeurs des écoles. Bonne lecture!

A comme Alerte virale.

C’est l’hiver, les élèves tombent comme des mouches un par un. Gastro, Grippe, Rhinopharyngite, Otite, Angine sont de retour. Partout ça tousse, crachote, renifle, éternue. Coûte que coûte, les maîtresses bravent les attaques virales et tiennent bon tant bien que mal. Flanchera, ne flanchera pas ? Chacune ses grigris. L’une ne jure que par le gel pour main antibactérien, antifongique, actif sur virus, même les plus virulents, ultra décapant. Une autre se booste à l’homéopathie dès le mois de septembre, tout est planifié dans son agenda au jour près. Une autre encore s’en remet à son arsenal d’huiles essentielles aux propriétés antivirales, chacune sa spécialité. Il y a celle qui avale tous les matins de la gelée royale et du pollen. Et puis il y a la Fataliste, adviendra ce qui pourra, et qui servira de témoin. Quelles seront celles qui sortiront indemnes des attaques virales ? Suspense…

B comme Ballon.

C’est un fait avéré, les ballons s’échappent souvent des cours de récréation. Aux maîtresses alors d’accomplir l’impossible pour les ramener aux enfants éplorés: se mettre à quatre pattes pour les débusquer sous une voiture et risquer la luxation de l’épaule. Ou bien affronter des taillis pleins d’épines, à l’aveugle, juste guidée par un chœur d’élèves agglutinés derrière le grillage : « à droite, à gauche, non, devant, non, derrière, là, là, maîtresse ! », et en ressortir toute échevelée, couverte de débris végétaux. Ou encore ramasser le ballon – pas de chance ! – qui a atterri dans la seule flaque d’eau qui se trouvait là, et le rapporter à bout de bras, spongieux et malodorant.

C comme Chocolamania.

Dans certaines écoles, les enseignants souffrent d’addictions pour le moins étranges. Comme celle pour les tablettes de chocolat par exemple… Au lait, noir, aux noisettes, aux amandes, au coulis de menthe ou d’orange, c’est bien connu, le chocolat procure un bien-être et un plaisir dont on a du mal à se passer, une fois qu’on y a goûté. Mais dès que le pli est pris, impossible de s’arrêter. On goûte une première tablette et puis une autre et encore une autre. Et de fil en aiguille, on se lance dans la surenchère, en quête de la perle rare, de La tablette, un peu comme Charlie dans la Chocolaterie. Et puis, insidieusement, on en arrive à des situations extrêmes et c’est ainsi que dans certaines salles des maîtres, des portes entières sont tapissées d’emballages soigneusement découpés.

chocolat

 

D comme Drague.

La maîtresse a souhaité un rendez-vous avec les parents du petit Mathias. Elle attendait le couple mais c’est d’abord le père qui débarque, un très grand gaillard, regard bleu enjôleur, le muscle saillant sous la chemise légèrement entrouverte, dévoilant un poitrail poilu, le teint impeccablement bronzé. Il serre la main que lui tend la maîtresse et la garde plus longtemps que nécessaire, la détaillant d’un regard connaisseur. Puis, sans lui laisser le temps d’en place une, il prend la parole d’office, volubile et charmeur :

« Ma femme s’excuse pour son retard, elle arrivera d’ici cinq minutes, un contretemps professionnel. En tout cas, je comprends mieux pourquoi mon fils ne marche pas mais court pour aller à l’école ! Je peux vous dire que vous l’avez métamorphosé ! En même temps, je comprends, si j’avais eu une maîtresse aussi jolie que vous à son âge, j’aurais sans doute mieux travaillé à l’école !!! A ce propos, si vous avez le moindre de problème de comportement avec Mathias, n’hésitez pas à me contacter ; j’ai noté mon numéro de portable sur la fiche de renseignement… Mais vous préférez peut-être que je vous le redonne ? »

A cet instant, la porte s’ouvre à nouveau et la maman de Mathias, petite femme obèse au souffle court, fait enfin son apparition: « Excusez-moi pour le retard, j’ai manqué quelque chose ? »

E comme effets indésirables.

Enseigner auprès de jeunes enfants peut vous exposer à quelques petits désagréments qu’il faut savoir reconnaître: démangeaisons subite du cuir chevelu, extinction de voix ou au contraire, tendance à parler toujours très fort, crise d’autoritarisme, découragement passager, fatigue chronique, nerfs en vrille ou euphorie excessive, sautes d’humeur, envie de mordre, trous de mémoire… La liste est loin d’être exhaustive mais rassurez-vous, ce n’est pas grave… Quelques jours de vacances et il n’y paraitra plus rien !

E comme Esprit mal tourné, est-tu là?

Ceci est une petite anecdote un peu malicieuse arrivée récemment à une collègue, enseignante et directrice d’une école maternelle. Au moment du conseil d’école, elle présente aux parents les divers projets et interventions prévus cette année. Pour finir, elle annonce toute fière, qu’ils accueilleront aussi la visite d’un professeur du conservatoire, Mr Untel qui viendra dans les classes pour présenter son cor aux élèves. A peine a-t-elle fini sa phrase, qu’elle réalise le quiproquo. Mais déjà des parents de glousser et elle de rougir: « Commet ça? Monsieur Untel vient présenter son corps?! » Mais qu’est-ce qu’on enseigne en maternelle à nos enfants? Pressée de rattraper sa bévue, la collègue enchaine alors précipitamment: « Euh, je voulais dire qu’il vient présenter son instrument!« . Gros éclats de rire pleins de sous-entendus, la pauvre enseignante qui s’empêtre, de plus en plus rouge: « Oh mais vous avez compris, il vient présenter son instrument de musique, qui est un cor, voilà! »

 

F comme fermeture éclair récalcitrante!

« Maîtresse, maîtresse, je suis coincée ! »

Julie n’arrive plus à ouvrir son manteau dont elle a coincé la fermeture à hauteur du cou. La maîtresse s’attaque vaillamment au problème, secouant, tirant de plus en plus fort, en vain. Une collègue arrive en renfort tandis que la première continue de s’échiner, hors d’haleine. On inverse les rôles, au cas où. Mais rien à faire. Il faut se rendre à l’évidence et capituler. Derrière, la classe commence à trouver le temps long et s’agite. Il n’y a plus qu’à passer le manteau par la tête, ce n’est pas très large, attention aux oreilles et au nez, ça tire un peu mais c’est pour la bonne cause !

G comme Glissades.

« Les enfants, votre maîtresse vient de chausser ses patins à glace. Aussi, à partir de maintenant, vous êtes priés de ne pas l’approcher dans un périmètre d’au moins cinq mètres. Interdiction de se jeter à ses pieds, de se retenir à son manteau, de s’accrocher à sa capuche ou même de tourner autour, ce qui pourrait occasionner un déplacement d’air susceptible de déséquilibre. Merci.»

H comme l’Hélicoptère est passé!

Quand on est maîtresse, on peut parfois vraiment vraiment vraiment tomber des nues… L’anecdote se déroule dans une école du quartier de la Goutte d’Or à Paris. Samira, 8 ans, annonce toute contente à sa maîtresse qu’elle vient d’avoir un petit frère, dernier d’une fratrie de quatre enfants déjà, mais le premier garçon aussi, d’où cette grande joie. Elle continue: Il est arrivé samedi dernier! Mes parents sont allés le chercher à l’hôpital parce que c’est là qu’on distribue les bébés. Ah… Distribuer? Comment ça? Samira explique alors que ses parents ont commandé le petit frère sur catalogue. La maitresse est de plus en plus perplexe et se demande si elle a bien tout compris: « Sur catalogue? Mais… Tu n’as pas vu si maman avait un gros ventre ces derniers temps? » La petite secoue la tête en riant, l’air de trouver la réflexion de sa maîtresse très drôle et bizarre aussi: Bah non! (C’est vrai aussi, quelle idée, franchement?) « Mais… maman a quand même été à l’hôpital? » insiste la maîtresse qui a décidé d’enfiler ses gros sabots. Oui, parce que les livraisons de bébés se font par hélicoptère, sur le toit de l’hôpital! explique patiemment la petite. Ah ! La maîtresse un peu sidérée réalise enfin: dans certaines familles, apparemment, l’hélicoptère a remplacé les cigognes, les choux et les roses… Normal, il faut bien vivre avec son temps ! Enfin, c’est se demander, quand même? De quoi rester sans voix, non?

H comme Hommage.

De temps en temps, ça fait du bien de se dire qu’une maîtresse est bien plus qu’elle n’y parait, et qu’elle sert aussi à :

– Consoler les chagrins.

– Soigner les petits et gros bobos.

– Arbitrer les conflits.

– Remettre les boucles d’oreilles.

– Rafistoler les chaussures.

– Refaire tresses et couettes.

– Couper les gâteaux d’anniversaire.

– Apporter de la bonne humeur.

– Faire découvrir beaucoup, beaucoup d’histoires…

– Refaire les lacets.

– Garder les secrets et les confidences.

– Fermer les manteaux récalcitrants.

– Réconcilier les copines.

– Rassurer, encourager, féliciter.

– Chercher le bonnet disparu.

– Distiller ici et là quelques grains de folie, de joie et de rires.

Tout ça, tout ça mélangé.

(Les lettres I et K s’excusent pour leur absence…)

J comme Jackpot !

(Ou comment apprendre aux enfants la notion de l’argent…)

Ce matin, en classe, Jules, 7 ans annonce tout fier qu’il a perdu une dent et montre le trou dans sa bouche. Pour l’occasion, la petite souris lui a glissé 2 euros sous son oreiller. 2 euros, c’est généralement le forfait pratiqué. Aussi, lorsque vient le tour de Marc annonçant qu’il a perdu lui aussi une dent et que la petite souris, pour la peine, lui a mis un billet de 20 euros sous l’oreiller, spontanément c’est un tollé dans la classe. Mines stupéfaites,  murmures désapprobateurs, « 20 euros!!!! », la classe est littéralement ébahie, jusqu’à ce qu’un copain scandalisé lâche tout haut ce que tout le monde pense tout bas: « 20 euros, c’est trop pour la petite souris…c’est pas normal! »  C’est sûr, que ça fait cher la dent, songe la maîtresse qui en son for intérieur, ne peut s’empêcher de calculer la somme gagnée au final ! A ce rythme, c’est même carrément le jackpot ! Quant à la petite souris qui passait par là, n’en parlons pas, elle a frôlé la syncope…

L comme lacets mouillés.

Dix fois par jour, la même litanie en récréation :

« Maîtresse, tu pourrais refaire mes lacets s’il te plaaiiiit… »

Des lacets détrempés à souhait, tout noirs et tout dégoulinants.

« Hum… Mais bien sûr… Approche !»

L comme La maîtresse sentimentale

La maîtresse avait une bague qu’elle chérissait particulièrement. Oh rien d’extrêmement précieux, juste un anneau en argent serti de petits brillants et surmonté d’un petit losange en faux? vrai? ivoire – ça, elle ne l’avait jamais su. Non, toute sa valeur était sentimentale. C’était sa grand-mère qui la lui avait offerte pour ses seize ans, une bague ancienne, joliment rétro, une bague que sa grand-mère portait dans les années 30.

Un jour, alors que la maîtresse rentrait de récréation avec ses élèves, ce fut le gros choc: le petit morceau en vrai/faux ivoire avait disparu, laissant un trou à la place. Consternation totale: il avait en effet tendance à branler un peu ces derniers temps. Il avait dû tomber quand elle avait enlevé ses gants. Mais il était si petit, autant dire qu’elle ne le retrouverait jamais.

Au même instant, des cris retentirent du côté des portes-manteaux, une vraie foire d’empoigne entre quatre ou cinq garçons qui se ruaient à quatre pattes sur le carrelage.

L’instinct, l’intuition, appelez-ça comme vous voulez, mais la maîtresse sut presque instantanément de quoi il en retournait et son sang ne fit qu’un tour. Elle fendit l’attroupement juste à temps pour entendre:

« C’est quoi ce truc? Hé ! J’ai trouvé une dent! »

 » Montre-là! Je veux voir! »

« Oh donne la moi! Tu crois que si je la mets sous mon oreiller, la petite souris viendra? »

« Mais ça va pas? La petite souris, elle est pas folle, elle verra bien que c’est pas ta dent! T’as même pas de trou dans ta bouche! »

La maîtresse leur tomba dessus comme une tornade: « Donnez-moi ça! Mais non, ce n’est pas une dent, n’importe quoi! » , tachant de contenir la petite voix indignée en elle qui hululait : « rendez-moi la bague de ma grand-mère, bas les pattes, vous allez finir par la perdre pour de bon!!! »

A regret, les garçons tendirent leur trophée et la maîtresse s’en empara dignement. ça, une dent? Non mais, n’importe quoi! Fin de l’incident, sujet clos. Et soupir de soulagement de la maîtresse, tout finissait pas si mal.

Un peu plus tard dans la journée, lorsque la maîtresse se retrouva seule, elle sortit de sa poche le petit morceau écru et la bague estropiée. Elle les considéra avec des yeux tendres mais lucides aussi, réalisant après coup tout le comique de la situation : SA bague adorée n’était que de la pacotille, la colle vieille de 80 ans avait fini par céder, et le petit morceau d’ivoire se révélait être juste du plastique ou de la résine. Dans le fond bien sûr, ça lui importait peu. Sa valeur n’avait jamais été là. Mais elle ne la remit plus jamais, à l’école tout au moins: trop peur que les enfants ne s’écrient:  » Oh mais c’est la dent qu’on avait trouvé! »

M comme Manutention.

Une journée de pré-rentrée ordinaire à l’école: nouveaux effectifs, la classe qu’il faut aménager en conséquent. Partout dans les classes, un énorme chambardement. Des gros boums, des crissements stridents, des chaises qui dégringolent, des « Allez, tu vas bouger, oui ? », des « Aïe ! » et des « Qui peut venir m’aider une seconde ? ». Ce sont les enseignantes, prises de frénésie, qui bougent les tables, déplacent des armoires, font glisser sur le sol des cartons lourds comme du plomb, trimballent des piles de livres, vident les placards pour mieux les remplir dans la foulée. Le souffle est court, le regard un peu hagard, les cheveux ébouriffés. Les muscles sont endoloris. Les mains sont noires de poussière, ça éternue de partout. C’est sûr, ce soir, il risque d’y avoir des courbatures…

M comme Menace

Une fois n’est pas coutume, les maîtresses étant souvent aussi des mamans, voilà une petite anecdote qui déroge un peu à la règle, mais à peine… Ce soir-là, à la sortie des classes, une maman (qui est donc aussi maîtresse) récupère sa petite fille très inquiète. D’emblée, l’enfant explique son tourment: les parents de son copain Arthur ont dit à celui-ci que s’il n’était pas sage à l’école et s’il ne travaillait pas bien, hé bien « ils l’enverraient dans un endroit horrible où on abandonne les enfants« ! Ah, tiens! Ces parents auraient-ils par hasard brandi la menace d’envoi en pension? Et dans la tête d’un enfant plein d’imagination, pension rimant peut-être avec … orphelinat??? Allez savoir! Quelle histoire! La maman tente donc de rassurer et de relativiser, mais sa petite fille insiste, vraiment alarmée: « Mais tu ne te rends pas compte! Arthur a eu une croix dans le orange aujourd’hui! Ses parents vont pas être contents du tout! Dis maman, tu veux pas adopter Arthur?  »

O comme Orchidée

Des CM2, en classe verte dans le Vercors, au mois de mai. La majorité n’a encore jamais quitté son quartier : Paris, Porte de la Chapelle, le périphérique, les grandes tours, le béton partout. Alors autant dire que lorsque les enfants découvrent tout cet espace, grandiose, la montagne, sa flore et sa faune, c’est  une révélation. Au cours d’une randonnée,  la maîtresse explique qu’on n’a pas le droit de cueillir certaines fleurs,   surtout les orchidées, car elles sont protégées.  « Des orchidées? Comme celles qu’on trouve chez Jardiland? » « Non… pas tout à fait! » A quatre pattes dans les hautes herbes, le nez collé  sur les fleurs, les élèves écoutent les explications de la maîtresse avec attention. Il faut dire qu’ils se trouvent au milieu d’une quantité et d’une variété impressionnante d’orchidées sauvages à faire pâlir tous les botanistes. Toutes plus belles et délicates les unes que les autres. Et parmi elles, la mythique, rarissime, sublime « Sabot de Venus ».  LA PERLE RARE. Et alors que la maîtresse leur explique qu’on peut encourir une amende si on en cueille, une voix toute excitée retentit subitement dans leur dos. C’est Mohamed, qui déboule en brandissant tout fier un bouquet de fleurs :  » Maîtresse, je t’ai fait un bouquet! C’est pour toi! » Oooohhhhh Mohameeeeeed…… Ce jour-là la maîtresse faillit en tomber à la renverse. ça oui, Mohamed avait fait un magnifique bouquet… d’orchidées, dont une Sabot de Vénus…

O comme Oups

Ah, il n’y a pas à dire, parfois,  certaines répliques d’enfants valent leur pesant d’or, de par de leur spontanéité … Vendredi soir, avant de quitter l’école, Kevin est tout fier de dire à sa maîtresse qu’il va aller pêcher dimanche avec son pépé. Un événement attendu depuis longtemps. Le lundi matin, au moment de l’accueil, la maitresse lui demande donc s’il a attrapé beaucoup de poissons. « Bah en fait, j’y suis pas allé, maîtresse. Pépé avait trop bu… » Oups…

P comme Perles:

« Mon fils souffre d’allergie aux figues de Bulgarie… »

« Le femelle du bouc est la bouclette… »

« Comment s’appelait le roi qui a été guillotiné pendant la Révolution Française ?

– Hilter, maîtresse ! »

« Maîtresse, pourquoi les Romains s’habillaient avec des rideaux ? »

« Maîtresse, j’ai le nez qui couille!  »  » Le nez qui quoi? » « Qui couille!!! »

P comme Poux en goguette.

Les poux aussi ont besoin de se dégourdir les pattes. A certaines heures de la journée, ces charmantes petites bêtes quittent les chevelures pour aller prendre l’air. Certains s’aventurent sur les épaules ; les plus hardis se hasardent sur la table…

Q comme Questions récurrentes :

C’est avéré, les enfants sont des petits curieux insatiables. Voici les questions les plus posées par les élèves à leurs maîtresses…

1.Est-ce que tu es mariée ? (Et gare si la maîtresse s’adresse à un inconnu dans la rue, pire si elle lui sourit et donne l’impression de le connaître car aussitôt: « c’est ton mari, le monsieur? »)

2. Tu as des enfants ? (et tout ce qui s’ensuit: leurs noms, leur âge…)

3. Où tu habites? (Regard perplexe: connait pas. C’est dans une autre ville? Mais non, c’est juste un autre quartier…)

4. Quel âge tu as ? (Ah ça, cela dépend de l’humeur badine ou non de la maîtresse. On va dire que cela peut être très variable!!! Entre … 22 et 42 ans??? Heureusement, les enfants ne sont pas contrariants…)

5. Comment tu sais tout ça? ( ah ah, incroyable mais vrai, la maîtresse a aussi été à l’école, avant…)

6. Pourquoi tu t’es coupée les cheveux ???? (Question qui revient bien tous les 3 mois…le crime absolu.)

7. Est-ce que c’est nous, tes élèves préférés? ( petits moments complices quand tout le monde est content de soi…)

8. Est-ce que mon frère travaillait bien quand il était dans ta classe ? (Jalousie ou malice, c’est selon…)

Et la question best-seller, celle qui ne loupe pas, chaque année et qui nous fait prendre un sacré coup de vieux:

9. Maîtresse, toi, tu l’as connu Louis XIV ?

R comme Risques élevés!

Si vous êtes sujet à l’un de ces symptômes, le métier de professeur des écoles vous est vivement déconseillé :

Tolérance très limitée au bruit.

Nerfs à fleur de peau.

Odorat sensible et délicat.

Calvitie précoce (sous peine de vous arracher le peu de cheveux qui vous reste)

Allergie aigue aux fautes d’orthographe.

Maniaque du rangement et de l’ordre.

Besoin de tout contrôler.

Nature anxieuse, tendance à se noyer dans un verre d’eau.

Problème de circulation veineuse.

Hypocondriaque.

Sensible à la vue du sang, tendance à tourner de l’œil très vite.

S comme Surprise.

C’est la fin de l’année scolaire, bientôt les grandes vacances. C’est aussi la dernière année d’une maîtresse, car elle ne sera plus là à la rentrée : on lui a accordé sa mutation, après 10 années dans cette école. Des parents l’attendent à la grille avec des bouquets de fleurs, des chocolats, un livre, des babouches, un stylo, un cadre photo, des savons, un foulard… Autant de petits cadeaux adorables, en guise de remerciements et d’au revoir. La maîtresse est émue. Une de ses élèves, Jasmine, attend son tour, à côté de sa maman. Enfin, elle lui tend son cadeau, joliment emballé. C’est léger et tout mou. Sous les yeux intrigués des autres enfants et de leurs mères, la maîtresse déchire le papier et… Fou rire d’une maman, bientôt imitée par une autre, la maîtresse qui devient toute rouge et Jasmine de demander, un peu inquiète : « On espère qu’on ne s’est pas trompées dans la taille… »

« Euh, non… c’est la bonne taille, pas de soucis… » articule la maîtresse un peu sonnée, exhibant un soutien-gorge en fausse dentelle violette et la petite culotte assortie.

T comme Trousse de survie.

Une maîtresse d’école expérimentée a toujours dans son sac quelques pastilles pour la gorge, une boite de paracétamol ou d’ibuprofène, un flacon de menthe poivrée et du gel hydroalcoolique…

(La lettre U est tombée dans un cartable, impossible de remettre la main dessus!)

V comme Vigile.

Un nouveau maître est arrivé à l’école en septembre dernier. Cela fait maintenant trois mois. Il est grand, baraqué ; il a un blouson noir et une grosse voix. Un soir, à la grille, un parent lui demande: « Vous êtes le vigile? »

(W, X et Y n’ont pas voulu participer… tant pis, peut-être une prochaine fois?)

Z comme Zut, laissez moi tranquille!

Jamais la maîtresse n’aurait cru être si heureuse de retrouver son lit, douillet et si confortable… Et que dire de ce calme, de ce silence, tellement … irréaliste ! Presque incongru.

C’est comme si elle revenait d’une autre planète : dépaysée, lessivée, la tête farcie et en sérieux manque de sommeil… Elle ne sait même plus quel jour on est. En un mot : complètement déphasée. Elle n’a qu’une envie : dormir au moins 12 heures d’affilé, qu’on l’oublie, qu’on ne la dérange plus ! Elle n’est plus là pour personne !

Symptômes classiques d’un retour de classe de découverte, après quinze jours coupés du monde au fin fond de la Creuse.

DORMIR ! Faire le tour du cadran.

Mais ce n’est pas possible ! Enfer et damnation ! Cela n’aura donc jamais de fin ? Ils ne me lâcheront donc jamais ? Ils me colleront jusqu’à la fin de ma vie ! ? Avec horreur, elle sursaute dans son lit. Il fait nuit noire mais ils ont su trouver le chemin de sa chambre et ils sont tous autour d’elle, leurs visages implorants ou souriants, Mamadou, Mohamed, Guillaume, Samira, Julie, Arnaud, ils sont tous là et ils grimpent, rampent sur son lit, collent leurs visages contre le sien, en bêlant : Maîtresse, maîtresse, il y a une bête dans mon lit !

Ça suffit ! Je sature ! De l’air ! Ouste ! Disparaissez ! Vous êtes dans MA chambre ! Je ne veux plus vous voir ! Du balai !

De toutes ses forces, elle les pousse hors du lit ; ils résistent. Elle redouble d’efforts : elle ne cèdera pas ! C’est du vampirisme ! Hors de question qu’elle y laisse sa santé mentale !

« Mais arrête ! Tu vas me faire tomber du lit ! »

C’est la voix de son mari qui vient de se dresser d’un bond, pas content du tout, hirsute et ahuri ! Elle réalise alors qu’elle a les deux pieds et les mains posées sur son dos et qu’arc-boutée de tout son corps, c’est lui qu’elle essaie de chasser du lit ! Le pauvre s’accroche comme il peut aux draps.

« Voilà, ça recommence ! marmonne-t-il, c’est à chaque fois pareil ! »

« Mais je t’assure, mes élèves étaient là… »

« Mais oui ! Allez, dors et rends-moi les draps ! Tu as tout pris… »

Il essaie de se rendormir en bougonnant et lui tourne le dos. Elle, n’a plus sommeil. Elle peste à voix basse. Le retour à la vie normale prendra un peu plus de temps que prévu à l’évidence…