Du côté des maîtresses, par le petit bout de la lorgnette… (4)

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Suite et fin  de l’abécédaire! La Petite souris était partie en vacances mais elle va bientôt rentrer avec des aventures inédites! Bonne lecture!

 

R comme Risques élevés!

Si vous êtes sujet à l’un de ces symptômes, le métier de professeur des écoles vous est vivement déconseillé :

Tolérance très limitée au bruit.

Nerfs à fleur de peau.

Odorat sensible et délicat.

Calvitie précoce (sous peine de vous arracher le peu de cheveux qui vous reste)

Allergie aigue aux fautes d’orthographe.

Maniaque du rangement et de l’ordre.

Besoin de tout contrôler.

Nature anxieuse, tendance à se noyer dans un verre d’eau.

Problème de circulation veineuse.

Hypocondriaque.

Sensible à la vue du sang, tendance à tourner de l’œil très vite.

S comme Surprise.

C’est la fin de l’année scolaire, bientôt les grandes vacances. C’est aussi la dernière année d’une maîtresse, car elle ne sera plus là à la rentrée : on lui a accordé sa mutation, après 10 années dans cette école. Des parents l’attendent à la grille avec des bouquets de fleurs, des chocolats, un livre, des babouches, un stylo, un cadre photo, des savons, un foulard… Autant de petits cadeaux adorables, en guise de remerciements et d’au revoir. La maîtresse est émue. Une de ses élèves, Jasmine, attend son tour, à côté de sa maman. Enfin, elle lui tend son cadeau, joliment emballé. C’est léger et tout mou. Sous les yeux intrigués des autres enfants et de leurs mères, la maîtresse déchire le papier et… Fou rire d’une maman, bientôt imitée par une autre, la maîtresse qui devient toute rouge et Jasmine de demander, un peu inquiète : « On espère qu’on ne s’est pas trompées dans la taille… »

« Euh, non… c’est la bonne taille, pas de soucis… » articule la maîtresse un peu sonnée, exhibant un soutien-gorge en fausse dentelle violette et la petite culotte assortie.

T comme Trousse de survie.

Une maîtresse d’école expérimentée a toujours dans son sac quelques pastilles pour la gorge, une boite de paracétamol ou d’ibuprofène, un flacon de menthe poivrée et du gel hydroalcoolique…

(La lettre U est tombée dans un cartable, impossible de remettre la main dessus!)

V comme Vigile.

Un nouveau maître est arrivé à l’école en septembre dernier. Cela fait maintenant trois mois. Il est grand, baraqué ; il a un blouson noir et une grosse voix. Un soir, à la grille, un parent lui demande: « Vous êtes le vigile? »

(W, X et Y n’ont pas voulu participer… tant pis, peut-être une prochaine fois?)

Z comme Zut, laissez moi tranquille!

Jamais la maîtresse n’aurait cru être si heureuse de retrouver son lit, douillet et si confortable… Et que dire de ce calme, de ce silence, tellement … irréaliste ! Presque incongru.

C’est comme si elle revenait d’une autre planète : dépaysée, lessivée, la tête farcie et en sérieux manque de sommeil… Elle ne sait même plus quel jour on est. En un mot : complètement déphasée. Elle n’a qu’une envie : dormir au moins 12 heures d’affilé, qu’on l’oublie, qu’on ne la dérange plus ! Elle n’est plus là pour personne !

Symptômes classiques d’un retour de classe de découverte, après quinze jours coupés du monde au fin fond de la Creuse.

DORMIR ! Faire le tour du cadran.

Mais ce n’est pas possible ! Enfer et damnation ! Cela n’aura donc jamais de fin ? Ils ne me lâcheront donc jamais ? Ils me colleront jusqu’à la fin de ma vie ! ? Avec horreur, elle sursaute dans son lit. Il fait nuit noire mais ils ont su trouver le chemin de sa chambre et ils sont tous autour d’elle, leurs visages implorants ou souriants, Mamadou, Mohamed, Guillaume, Samira, Julie, Arnaud, ils sont tous là et ils grimpent, rampent sur son lit, collent leurs visages contre le sien, en bêlant : Maîtresse, maîtresse, il y a une bête dans mon lit !

Ça suffit ! Je sature ! De l’air ! Ouste ! Disparaissez ! Vous êtes dans MA chambre ! Je ne veux plus vous voir ! Du balai !

De toutes ses forces, elle les pousse hors du lit ; ils résistent. Elle redouble d’efforts : elle ne cèdera pas ! C’est du vampirisme ! Hors de question qu’elle y laisse sa santé mentale !

« Mais arrête ! Tu vas me faire tomber du lit ! »

C’est la voix de son mari qui vient de se dresser d’un bond, pas content du tout, hirsute et ahuri ! Elle réalise alors qu’elle a les deux pieds et les mains posées sur son dos et qu’arc-boutée de tout son corps, c’est lui qu’elle essaie de chasser du lit ! Le pauvre s’accroche comme il peut aux draps.

« Voilà, ça recommence ! marmonne-t-il, c’est à chaque fois pareil ! »

« Mais je t’assure, mes élèves étaient là… »

« Mais oui ! Allez, dors et rends-moi les draps ! Tu as tout pris… »

Il essaie de se rendormir en bougonnant et lui tourne le dos. Elle, n’a plus sommeil. Elle peste à voix basse. Le retour à la vie normale prendra un peu plus de temps que prévu à l’évidence…

 

 

 

 

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