Archives mensuelles : février 2020

Des héros ordinaires

Récemment j’ai dû faire une petite escale en chirurgie ambulatoire, à l’hôpital. Ce n’est pas de moi toutefois dont je parlerai ici. Mais plutôt l’envie de “raconter” ce monde qu’est l’hôpital, tel que je l’ai côtoyé durant une longue journée.

Un écosystème à lui tout seul, où tout le monde dépend de tout le monde, dans une interaction permanente. Sans répit. En non-stop. Et en équilibre tellement précaire.

J’ai découvert des gens admirables. Tous rassurants et assurant sans faillir – secrétaires, aide-soignantes, infirmières, brancardiers, anesthésistes, médecins – afin d’accompagner au mieux des patients forcément inquiets, démunis, vulnérables ou stressés.

Un personnel pourtant lui-même malmené, surmené, sans cesse sur la corde raide et pressé comme un citron.

Pour commencer, cette infirmière d’une gentillesse infinie, s’excusant de n’être que deux collègues ce jour-là, plus deux aides-soignantes, pour gérer 34 patients. Et que c’était comme ça tout le temps. Puis racontant que son fils avait voulu faire médecine, avant de craquer au bout de quelques mois et d’appeler au secours avec cette phrase terrible : “Maman, je n’y arrive pas, c’est trop dur, je ne suis qu’une merde.”

Que dire de cette façon de sélectionner, de trier nos futurs médecins… alors qu’on en manque aujourd’hui si cruellement. Des personnes qui soigneraient autant par l’acte médical que par l’empathie et la bienveillance. En n’étant ni des robots, ni des machines. Encore moins des surhumains.

En revanche, j’ai vu des “héroïnes et des héros du quotidien”, donnant tout, en dépit de leurs rudes conditions de travail.

Emmenée au bloc, il a fallu patienter quelques temps sur un brancard, dans une sorte de pièce qui faisait office de gare de triage, au milieu d’autres brancards. Une fourmilière en hyperactivité, des blouses blanches, bleues, vertes, qui allaient dans tous les sens, dans un ballet bien rodé, connu d’eux seuls.

Pour compenser la promiscuité et l’inconfort de la situation, un accueil humain extraordinaire. Une couverture chauffée posée délicatement pour qu’on ne prenne pas froid en attendant. Puis la venue de l’anesthésiste, souriant et détendu, en qui il faut avoir sacrément confiance pour se laisser sombrer dans le néant de l’anesthésie générale, ce trou insondable de plusieurs heures dans votre vie, dont on ne gardera aucun souvenir.

Une dame âgée, sur un brancard à côté du mien, était fort angoissée à l’idée de son opération. On devait lui retirer la vésicule biliaire. Pas anodin. L’anesthésiste puis les infirmières ont pris tout le temps nécessaire pour la calmer, la rassurer et lui expliquer comment ils allaient procéder.

Deux infirmières sont venues se présenter à moi, m’annonçant que ce seraient elles qui s’occuperaient de moi au bloc. Mais très vite, l’une d’elles a dû partir, appelée pour une urgence, ailleurs. Un jeune infirmier l’a alors remplacée. Adorable, drôle et plein d’énergie. Tout pour détendre l’atmosphère et la patiente !

Il était plus de midi. Ma chirurgienne est passée dire bonjour. Elle n’avait pas encore mangé alors l’infirmière lui a proposé d’aller grignoter quelque chose pendant qu’on me préparait au bloc. Tout le monde veillant sur les uns et les autres, seule façon de tenir la cadence… Et se serrer les coudes.

Puis la salle d’opération, froide comme un frigo. Et les infirmières, toutes en petites blouses légères, manches courtes. L’une d’elle, toute jeune, m’a confiée que ce n’était pas facile à supporter tandis que sa collègue, plus expérimentée, répondait en riant qu’elles n’avaient pas le temps d’avoir froid de toutes façons, tellement elles couraient sans arrêt, dans tous les sens. Le jeune infirmier a confirmé : ils couraient en effet tout le temps, pour preuve, il était encore de garde ce soir, des heures supplémentaires apparemment. Grimace blasée de la collègue. Il souffrait également de la gorge et d’un début d’extinction de voix. Passer du chaud au froid en permanence, ça ne pardonne pas…

Voilà ce dont j’avais envie de témoigner aujourd’hui…

Et pour conclure, juste deux mots : respect et merci.