Archives mensuelles : avril 2017

Du côté de l’objectif

Voici une nouvelle photographie, en noir & blanc cette fois-ci, prise en contre-jour alors que le ciel menaçait, quelque part en Haute-Provence… Je l’adore pour tout ce qu’elle « raconte » et laisse imaginer. Elle pourrait presque illustrer le nouveau roman que je suis en train d’écrire. Un voyage dans le temps.

 


Vestiges émouvants

Il était une fois un village médiéval tout en haut d'une colline escarpée, placé là comme pour dominer la plaine et tutoyer le ciel. 
Dire que des familles vivaient autrefois sur ces terres arides et sauvages, isolées du reste du monde! Le monastère de Ganagobie était tout proche et le son des cloches rythmait alors les journées.
Et puis un jour, les unes après les autres, les familles sont parties vivre dans la plaine plus hospitalière. A moins que le village ne se soit éteint? C'étaient en des temps troublés, à cette époque où la peste, les famines et les guerres de religion étaient de grandes faucheuses.
Le village déserté a fini par sombrer dans l'oubli et la végétation a repris ses droits, effaçant peu à peu toute trace humaine ou presque. Ne restent que ces remparts en pierres sèches, érodés par le temps, dont la grandeur de jadis gît à ses pieds, pierres retournant à la terre.

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Une petite souris à l’école

 

C’est quand même pratique d’être une petite souris, parce qu’on est toujours aux premières loges. Cette semaine, c’était la photo de classe à l’école. L’événement ! Le jour à ne pas manquer! La grande affaire! Alors vous aussi, souriez!!! (Et bonne lecture…)

 

Photo de classe

Aujourd’hui la petite souris a bien rigolé (en douce bien sûr, comme toujours!) car c’était LE  jour de photo de classe.

L’occasion de sortir le grand jeu, attention à la métamorphose! Chemise blanche avec cravate ou noeud papillon assortis,  têtes tartinées de gel où dressées d’épis conquérants. Du côté des filles, jolies robes et  belles coiffures. Mais est-ce que tout ça résistera aux sauts de cabri et à la surexcitation générale? Pas sûr… Et puis, il y a ceux qui ont oublié qu’il y avait la photo et qui tombent des nues (hé oui, il y en a toujours) ! Erreur fatale,  la grosse déconfiture, le drame! Ils sont venus en jogging ou avec le t-shirt qui a justement une tache qui ne part pas au lavage, pas de chance, on ne voit que ça, est-ce qu’un copain pourrait prêter son pull pour cacher?!

D’abord la photo de groupe. On a de la chance, il fait beau, on la fait dehors! Rapidement, la maîtresse réajuste les tenues débraillées, coiffe les mèches rebelles, replace les barrettes. Il faudra sourire naturellement, hein? Pas de grimace, pas de posture à la Quasimodo, de doigt dans le nez au mauvais moment, ni d’oreilles de lapin dans le dos du copain…Tout le monde prend la pose, on arrête de ricaner et de regarder les voisins, on bombe le torse, mais pas trop quand même, on n’oublie pas non plus de respirer. Le banc au premier plan est bancal et fait balançoire. Mais faut plus bouger! Alors on garde  l’équilibre, coûte que coûte!

Vient ensuite les photos individuelles ou avec frère et soeur. On est déjà moins emballé. Faut dire que c’est un peu le défilé-supplice. Faut passer chacun à son tour, comme à la confesse, sauf que côté intimité et discrétion… on repassera! On se dandine, on rougit sous les regards des copains-copines hilares. Le photographe insiste: il veut de beaux sourires alors on fait ce qu’on peut: sourire édenté un peu crispé, voire légèrement carnassier, rictus grimaçant, posture toute bossue ou tordue, comment se mettre? Comment se tenir? Est-on vraiment obligé de faire la photo avec son frère et sa soeur? (parce que c’est quand même un peu la honte…) Et le photographe qui dit: « on garde les yeux ouverts, on me fait un beau sourire, je veux voir TOUTES vos dents! » Alors, ça se met à loucher avec ferveur, un sourire figé plaqué aux lèvres, du 100% naturel digne d’une publicité pour dentifrice! C’est tellement drôle, la petite souris n’en peut plus de se retenir! Elle se dit que pour certains, c’est impossible, les parents ne reconnaitront pas leurs rejetons!

(Finalement, la classe s’est trouvée beaucoup plus ressemblante sur cette « photo-ci » où chacun s’est représenté tel qu’il était vraiment, au naturel, au quotidien, quoi….)

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Une petite souris à l’école…

 

Une petite souris à l’école est de retour, pour vous parler d’anniversaire et plus particulièrement de Charlotte, une petite fille que personne n’invitait jamais… Une histoire vraie, pour faire réfléchir les petits comme les grands… Bonne lecture!

 

Les anniversaires

Souvent dans les cours d’école, on assiste à des distributions d’invitations pour des anniversaires. C’est alors la ruée autour du héros du jour qu’on supplie et cajole: qui fera partie des élus?! Puis chacun s’égaille en brandissant son Sésame, triomphant et tout excité à l’idée du programme prévu : fête et goûter dans un grand parc ludique, ou alors bowling, ou encore anniversaire à MacDo! (Impossible ici d’ailleurs de ne pas faire ce  constat un peu troublant: de moins en moins de goûters d’anniversaire tout simples à la maison, mais  une surenchère, à celui qui fera l’anniversaire le plus original, toutes considérations financières mises à part, ceci relevant d’un autre débat…)

Charlotte a 8 ans. Cette fois encore,  pas d’invitation pour elle. C’est pas faute pourtant d’avoir gravité autour de l’attroupement, dans l’espoir de… peut-être…avec un peu de chance…au cas où…  Mais non. Toutes les invitations ont été distribuées, faut se rendre à l’évidence, il n’y en avait pas pour elle. Alors elle se met un peu à l’écart et regarde les heureux invités avec envie.

La sonnerie retentit, la maîtresse  peine à ramener le calme et à rassembler le rang. Elle fait ranger les invitations. Charlotte s’approche d’elle et confie : « Ils ont de la chance! Moi, on ne m’invite jamais. »     « Même pas  tes copines? »  s’enquiert la maîtresse.  Charlotte hausse les épaules avec perplexité: « J’en ai pas. Personne ne veut jouer avec moi. Et je ne sais pas pourquoi. »

C’est vrai qu’au moment des récréations, Charlotte est souvent seule. De loin, la maîtresse l’observe qui  va  de groupe en groupe, en tentant des approches, tout sourire. Mais à chaque fois on la rembarre, plus ou moins gentiment. La plupart du temps, Charlotte encaisse  sans se plaindre. Elle s’assoit dans un coin et se contente de regarder, à défaut de participer. Mais lorsque la solitude a pesé plus que d’ordinaire, c’est auprès de sa maîtresse qu’elle cherche du réconfort et à qui elle confie son désarroi: « J’ai été toute seule en récréation aujourd’hui, personne n’a voulu jouer avec moi… ».

La maîtresse s’en va alors parler avec les groupes de copines déjà constitués. Les réactions sont variées et pas toujours tendres: « Oh, bah oui mais faut dire qu’ elle nous colle tout le temps, on en a marre nous à la longue! Elle nous embête! Et puis, il n’y a plus de place dans notre jeu, tous les rôles sont pris! Elle peut aller voir les autres aussi, il n’y a pas que nous quand même dans la cour!  » Les « rejetants » devenant presque toujours les victimes, à bien les écouter.

La maîtresse persiste: aucun enfant ne devrait jamais se retrouver seul et exclu dans une cour d’école. Le sujet est évoqué en classe. Sur le moment, tous les élèves sont sensibles à la solitude ou au sentiment de rejet d’un de leur pair. Au plus profond d’eux-mêmes, ils sentent bien que c’est dur et injuste. Et la majorité promet de bon coeur d’y remédier. Mais le temps passe, et les vieilles habitudes reviennent au galop.

Et puis, un matin, au moment du « quoi de neuf », Charlotte prend  la parole: « Samedi, c’était mon anniversaire. J’ai donné pleins d’invitations (elle cite plusieurs noms de la classe, une petite dizaine.) J’ai attendu. Mais personne n’est venu. Je ne sais pas pourquoi. »

Silence de mort dans la classe. Les concernés se tortillent un peu sur leur chaise, tristes ou gênés. Quelques uns se  justifient, un peu abruptement pour certains: « occupés ou pas là, ou encore prévenus trop tard, c’est pas de leur faute,  ils n’avaient pas de temps pour acheter un cadeau et puis c’était leurs parents qui ne voulaient pas! » Personne cependant n’a pris la peine de téléphoner pour dire qu’il ne pourrait pas venir.

La petite souris, elle, est horrifiée. Elle imagine Charlotte qui a dû attendre et espérer pour rien, à côté du gâteau qu’elle avait dû faire avec sa mère… Le chagrin que cela a dû être…  Et pourtant, pas rancunière pour deux sous, Charlotte annonce que pour l’occasion, elle a quand même amené des bonbons afin de les partager avec tout le monde ! A la vue des paquets,  la classe  entière jappe de plaisir et de reconnaissance, toute gène subitement (et déjà) envolée…  Curieusement, il n’y a plus que des amis dans la classe. « Dis, c’est quoi comme bonbons, Charlotte? Trop bien, mes préférés! T’es trop gentille! »

Et Charlotte de retrouver le sourire.

Finalement, c’est peut-être la Petite Souris qui a été le plus ébranlée dans l’histoire ! Si seulement cette mésaventure pouvait servir de leçon de vie à ces petits élèves. Apprendre à se mettre à la place de l’autre, ce serait déjà ça de gagné.  Elle n’a jamais aimé ces grandes distributions d’invitations dans les cours d’école. Certes,  c’est pratique et à première vue l’occasion idéale. Tout comme il est normal et naturel de ne  pas inviter toute la classe ni  d’aimer tout le monde, évidemment. Elle-même reconnait ne pas être super super copine avec la souris indélicate qui s’amuse à faire des trous partout  dans le potager de l’école, ça non. Mais bon, un peu plus d’empathie et de retenue ne ferait pas de mal parfois.  Et pour les enfants, c’est avec ce genre d’histoire que l’apprentissage du respect d’autrui  se construit…ou pas.

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