Archives mensuelles : juin 2016

Un ange-gardien…

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Mon deuxième roman va bientôt paraître! Vous en saurez plus prochainement, promis! En attendant, comme pour le premier, mon éditeur m’a demandé de réfléchir à une dédicace et à des remerciements.

De fait, si écrire est une action solitaire et exclusive, toutes ces histoires ne seraient peut-être jamais venues au monde sans la présence dans ma vie de quelques « anges gardiens » qui m’ont guidée, inspirée, portée… et à qui je dois énormément. J’aurais beaucoup de personnes à remercier, parmi lesquels ma famille, mes proches, mes amis et ceux qui m’ont offert cette incroyable chance d’être publiée: mon éditeur et mes premiers lecteurs.

Et puis, il y a des rencontres qui relèvent du destin comme ce professeur de français, quand j’étais au collège, qui a su m’accompagner à l’époque où adolescente exigeante et passionnée, je cherchais mon style, tant dans mes lectures et que dans ma manière d’écrire.  Une relation dépassant peu à peu le simple rapport professeur-élève et qui s’étoffa avec le temps. Une femme extraordinaire, sereine et confiante, qui jamais ne cessa de veiller sur moi, même de loin, toujours là pour me conforter dans mes choix. Elle avait pourtant fort à faire car je manquais particulièrement de confiance en moi :  il me manquait encore cette petite étincelle pour sauter le pas, mes manuscrits sitôt écrits, sitôt oubliés au fond d’un tiroir… Aussi, le jour où je me sentis prête enfin à tenter ma chance auprès des maisons d’édition, elle fut naturellement la première à qui je voulus l’annoncer. Une façon détournée de lui demander d’être à mes côtés, encore et toujours,  dans cette nouvelle et hasardeuse entreprise.

Parfois dans la vie, il y a des choses qu’on ne s’explique pas, une intuition soudaine,  un ressenti, comme un flash… on sait, c’est tout. J’étais en train de lui écrire cette fameuse lettre où je lui annonçais ma décision, quand j’ai su intuitivement qu’elle ne la lirait jamais et que c’était trop tard. Rien de concret ni de rationnel. Juste un pressentiment, troublant. Comme pour conjurer le sort, j’ai fait celle qui n’avait rien entendu, le contraire aurait été inconcevable. J’ai fini d’écrire ma lettre et je l’ai envoyée.

Et pour la première fois,  je guettai une réponse qui ne vint jamais.

Etrange sensation que ce fil coupé brusquement, sans bruit et sans explication. Comme la flamme d’une bougie qui s’éteint. Ma réponse était dans ce silence, je le savais.

Six mois plus tard, par une belle journée d’été, je reçus un courrier inattendu. C’était sa soeur qui m’écrivait, me racontant qu’elle était tombée par hasard sur ma lettre, qui n’avait pas été ouverte. Elle s’excusait pour le temps qu’elle avait laissé passer avant de pouvoir m’annoncer la nouvelle. C’est ainsi que j’appris que mon ancien professeur de français avait succombé à un cancer foudroyant. Egale à elle-même, elle avait émis la volonté de ne prévenir personne, désireuse de partir dans la plus grande  discrétion. Sans effusion ni adieux, s’éteignant au moment précis où je lui écrivais cette lettre. Fin de l’histoire.

Je ne lui ai pas dit au revoir ni merci. Mais huit ans après sa mort, j’ai conscience que sans elle, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. Tout simplement. Alors voilà, c’est dit.