11 novembre 1918, une pensée pour Gustave, Félix et tous les autres…

Centenaire de l’Armistice de la guerre 14/18.

Ce jour-là, ce n’est pas pour les maréchaux enterrés aux Invalides que j’aurai une pensée, sûrement pas!  A part avoir envoyé des millions d’hommes à la mort, comme des bêtes à l’abattoir, je ne vois là ni bravoure ni héroïsme à célébrer…

La guerre 14/18 tient une grande place dans mes romans L’orpheline de Saint Aubin et Le choix d’une vie. Ce n’est pas anodin: j’ai grandi avec les histoires de mes grands-parents, dont les premières années d’enfance furent marquées par la guerre et le deuil, très tôt.

Dans le grenier de mes grands-parents, il y a une malle. Et à l’intérieur un trésor: toute la correspondance de guerre de mes arrières grands-parents, Gustave et Lucienne Chavy. Des lettres d’amour, des lettres de désespoir. Les lettres d’un mari et d’un père qui au début fait bonne figure. Qui écrit à sa femme de ne pas s’inquiéter, que ça va aller. Qui prend des nouvelles et qui attend  leur courrier avec impatience.

Mais le conflit s’enlise, ça tourne au carnage, à l’enfer sur terre.

Ce qui saute d’abord aux yeux, dans cette correspondance, c’est que tous les messages de Gustave étaient écrits sur des cartes postales, comme s’il eut été en villégiature quelque part en France et non au front, dans la boue et sous la mitraille ! Au dos de la carte postale (tellement peu de place pour écrire qu’ il fallait serrer les mots)  des photographies de propagande, destinées à insuffler espoir et fierté à l’arrière, voire même « touristiques » lorsque Gustave fut envoyé dans les Dardanelles! Entre le fond et la forme: le grand écart absolu.

Voici une de ces lettres. Je l’ai choisie parce qu’elle m’a particulièrement bouleversée.

Pour sa simplicité d’abord. Un témoignage, brut et sans artifice. Avec des mots de tous les jours, malhabiles. Gustave était boucher dans un petit village. Il avait sans doute arrêté l’école très tôt pour travailler.  Pas très à l’aise à l’écrit. Ses lettres sont truffées de  fautes d’orthographe, touchantes, comme celles qu’il y a dans les cahiers de mes élèves aujourd’hui.

Pour son aspect tragique ensuite et l’émotion qui s’en dégage. Dans cette lettre-ci, écrite sans doute sur les genoux dans un bref moment de répit, Gustave exprime son angoisse, sa détresse, son désespoir…

Quand on connait la fin de l’histoire, on ne peut être que touché…

Gustave fut grièvement blessé : une multitude d’éclats d’obus partout dans le corps. Impossibles à extraire. Condamné. A l’époque, les antibiotiques n’existaient pas encore. Il rentra chez lui pour mourir, après une longue agonie, le 18 octobre 1918. Si près de l’Armistice…

Son nom est aujourd’hui gravé sur le monument aux Morts de Puligny-Montrachet en Côte d’Or, aux côtés d’amis, de voisins et de son jeune beau-frère, mort à 20 ans en 1915.

L’écriture étant un peu difficile à déchiffrer, je la retranscris ci-dessous en respectant fidèlement le style et l’orthographe.

Vendredi 26 au soir 1915

Ma cher petite bien aimé

Comme me voila sur mon départ pour les tranchés sur notre nouveau front, je ne voudrait pas y aller sans te prévenir car long y va mais pas dun bon coeur. car long va au devent de ce que long peut satendre tous les jours car on en vois tous les jour la preuve devent  ses yeux. il faut que long sois de fer pour pouvoir y résister. il se trouve que les boche nous font pas assez de mort. quil nous boive notre sang jusqu'à la dernière goute, que long tombe. c'est les maladis qui von être le plus dengereux car sa commence déjà bien. il y a des morts devent nous et voila quatre mois quil sont en déconposition. Tu vois qua vec tous notre bon courage, que long sera aubliger dit succomber par force. sa va être une vraie destruction pour la france. tu vois voila ce que ce pay auprès de nous prennent conaissence.

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