Bonnes vacances d’été!

Mes deux premiers romans étant aux éditions Pocket maintenant, ils se glissent sans aucun problème dans tous les sacs et peuvent être emportés partout! 

Lecture détente au jardin sous un arbre...




... Au bord de la piscine...



Ou à la mer!



Bref, détendez-vous, évadez-vous... Moi pendant ce temps, je continue de peaufiner une nouvelle histoire, avec en fond sonore cette mélodie de Yann Tiersen que j'adore, quand le piano accompagne le bruit des vagues ... 


Bel été à tous!



Une petite Souris à l’école: et déjà la fin de l’année scolaire…

Pour finir l’année scolaire avec le sourire, la Petite Souris a concocté un nouveau florilège de mots d’enfants cueillis au vol et d’anecdotes prises sur le vif. Bonne lecture!

 

 

 

La persévérance paie toujours...


Ce matin, Clément, 7 ans, interpelle la maîtresse pour lui montrer l'énorme piqure de moustique qu'il a dans les cheveux. " Tu la vois? Elle est là!" dit-il en présentant le haut de sa tête. 
Euh... La maîtresse veut bien le croire sur parole mais n'est pas très emballée à l'idée d'aller fourrager dans l'épaisse chevelure pour dénicher le bouton. Elle élude donc: " ça alors! Bon, surtout, tu ne grattes pas..." puis s'esquive. 

Un peu plus tard dans la journée, au retour de récréation, pendant que les élèves rentrent un par un dans la classe, nouvelle tentative de Clément qui se plante en plein milieu du passage et colle sa tête contre le ventre de la maîtresse: "Est-ce que tu vois mon bouton de moustique? Il est très gros et il est quelque part par là!" "Euh! Oui, oui Clément!"... élude à nouveau la maîtresse. Dans le couloir une bagarre vient d'éclater entre Edouard et Auguste, pas le choix, la maîtresse est appelée d'urgence! 

Qu'à cela ne tienne, la journée n'est pas finie! Au moment de la cantine,  quand tous les élèves sortent, Clément persiste et signe en bloquant le passage à sa maîtresse, prêt à faire le bélier, tête baissée, pour lui montrer son crâne: "Faut que tu écartes les cheveux, c'est quelque part par là, touche, tu vas le sentir, il y a une croûte!" Il lui saisit la main pour la guider, mais voilà que la maîtresse doit subitement filer, Zoé saigne du nez et il n'y a plus de mouchoirs dans la boîte!

13h45, sonnerie, l'heure de retourner en classe. Les élèves se mettent en rang dans la cour. Sauf Clément, en embuscade derrière la porte. Quand la maîtresse apparaît,il bondit sur elle. Malin, il a cette fois-ci bien préparé son intervention. Ses doigts ont localisé le bouton, écartant bien tous les cheveux, pour mieux l'exhiber. La maîtresse ne peut plus le manquer! "Regarde, il est là! Hein qu'il est gros?" 
Mouvement de recul de la maîtresse prise par surprise, qui doit bien admettre: "Oh oui, il est gros dis donc!" 
Sourire radieux de Clément, satisfait, qui maintenant n'a plus qu'à se repeigner avec les doigts. Mission accomplie.
La petite fille qui avait des os en trop

Au moment de quitter l'école, Lou, 6 ans, dit à la maîtresse qu'elle a rendez-vous à l'hôpital le soir-même pour qu'on lui enlève des os en trop... C'est "parce que j'ai souvent mal au ventre" explique-t-elle très sérieusement... 
Le lendemain matin, Lou est de retour à l'école, en pleine forme. Les maîtresses l'appellent pour prendre de ses nouvelles et savoir comment s'est passé son rendez-vous médical. 
"Tu es sûre qu'on t'a enlevé un os en trop?" demande l'une des enseignantes. 
"Oui, oui, mais c'était pas un gros, c'était juste là", répond la petite fille en montrant son minuscule index. Les têtes des trois enseignantes s'approchent de concert pour lorgner le petit doigt. Un petit doigt qui n'a pas la moindre cicatrice et semble posséder le bon nombre de phalanges... 
Allez! Encore un mystère non résolu, dont seuls les enfants ont le secret...
Une autruche à l'école

Zoé a amené un ballon de baudruche à l'école. Pendant la récréation,  la coquine s'amuse à le gonfler puis à le faire claquer par surprise dans les oreilles des camarades, plaisanterie que ces derniers apprécient fort moyennement. Bastien, 6 ans, court alors se plaindre auprès des maîtresses: "Maîtresse, Zoé a claqué un ballon d’autruche dans mon oreille."
Allergie

Lu sur la feuille de renseignement de Jonathan, petit CP, au rayon "allergie" (alimentaire) : figues de Bulgarie. Est-ce à dire que pour toutes les autres figues, de France, Turquie, Espagne, Italie etc... pas de problème? A moins que cela ne soit plutôt figues de Barbarie? Dans le doute, mettons toutes les figues dans le même panier, ce sera plus sûr!
Retour dans le futur

"Maîtresse, hein que la 3è guerre mondiale, c’était la plus pire ?"
L'épreuve des lacets: avenir compromis...

A la piscine, réflexion perplexe de Mathias, 6 ans, devant Paul, enfant trisomique qui a besoin d'un adulte pour lui nouer ses lacets de chaussures: «Il a 10 ans et il ne sait pas faire ses lacets tout seul ? Hé ben, ça va être compliqué pour lui d’aller à l’université, plus tard !»
Euh... Tout, on saura tout!

En CP, pendant le "quoi de neuf" du lundi matin, Adrien raconte qu'il n'a pas pu aller à la piscine ce WE  car "maman avait ses règles." Ah... Dommage...

 

 

Ecriture…

Pour tout ceux qui me demandent ces derniers temps pourquoi je suis moins active sur mon blog, la raison est toute simple: j'écris!

Une nouvelle histoire qui me passionne, dans laquelle j'aime me promener et me perdre, en prenant tout mon temps... 

Le sujet? Beaucoup trop tôt pour en parler. 

Mais pour vous faire une petite idée du chemin que ce nouveau roman me fait emprunter, cela pourrait être à peu près ça:


J'adore ces moments de "quête", qui me donnent l'impression de suivre un fil se déroulant au fur et à mesure, comme si ça coulait de source... Pour se dire finalement:

 

 

Une Petite Souris à l’école: Moisson de nouvelles anecdotes…

Plusieurs anecdotes  cette semaine, pour rattraper mon long silence!

D’abord une histoire abracadabrante de… lunettes… Certains enfants sont de vrais « semeurs »: manteau, écharpe, bonnet, affaires de classe, tout disparait comme par magie. Et parfois ce sont aussi les lunettes!

… Suivie d’un petit florilège de mots d’enfants qu’affectionne la Petite Souris…

Bonne lecture!

Le mystère des lunettes

Ce matin, pendant la récréation, on a trouvé une paire de lunettes abandonnées sur un banc. Mais de son propriétaire, aucune trace. Des élèves (toujours bien avertis) pensent savoir qu'elles appartiennent à Lilian ou peut-être à Arthur, ils les reconnaissent formellement! Mais quand ceux-ci accourent à l'appel de la maîtresse, ils ont leurs lunettes sur le nez. La maîtresse, guère avancée, va alors les poser sur son bureau, en attendant de mener l'enquête.

Quelques minutes après le retour en classe, on toque à la porte. C'est Justin, 10 ans, qui voudrait savoir... si par hasard... on aurait trouvé une paire de lunettes...

Tiens, tiens! Et comment! La maîtresse les lui rend, en lui rappelant au passage qu'on ne laisse pas trainer ses lunettes n'importe où, surtout dans une cour de récréation. Confus, Justin les prend, les observe sous toutes les coutures puis contre toute attente, déclare: "Ah... mais non, ce ne sont pas les miennes, elles ne sont pas de cette couleur-là."

Allons bon! Est-il bien sûr? La maîtresse lui suggère de les essayer quand même, pour voir... Justin obtempère, fronce les sourcils, plisse les yeux. Non, non, pas de doute, ce ne sont pas les siennes, il  voit très mal avec celles-ci, elles ne sont  pas à sa vue!

Saperlipopette, il y aurait donc une autre paire de lunettes dans la nature? Et celles-ci alors? A qui sont-elles? Il y aurait un autre étourdi dans l'école, qui n'aurait toujours pas réalisé qu'il n'a plus de lunettes?

Justin, très poli, s'excuse pour le dérangement et s'en va voir dans les autres classes, toujours en quête de ses lunettes à lui.

Un quart d'heure plus tard, re-toc toc à la porte de la classe. C'est encore Justin. Qui s'excuse et pense que finalement, après réflexion, ce sont peut-être quand même ses lunettes. ça alors! Patiente, la maîtresse les lui redonne. La classe entière retient son souffle tandis qu'il les essaie à nouveau en prenant tout son temps. Quel suspense !  Il fronce les sourcils, plisse les yeux. La maîtresse le taquine : "Tu veux peut-être un miroir?" Mais Justin très sérieux: "Non non, pas la peine, ce sont bien les miennes en fait!"

"Tiens donc! Tu vois mieux avec, maintenant?"

"Oui, oui!"

Un élève de la classe s'exclame alors, hilare: "Hé ben, toi, t'as vraiment besoin de lunettes!"

La Petite Souris n'aurait pas dit mieux...
Lapsus

Lors d'une initiation aux premiers secours, l'intervenant demande aux enfants comment s'appelle la position dans laquelle on doit mettre la personne blessée ou inconsciente. Jade, 9 ans, lève le doigt et déclare avec aplomb: "la position fatale!"
Grammaire revisitée

Après une parenthèse estivale, retour des températures plus frisquettes. Mais voilà, quand on a goûté aux joies des shorts, t-shirt et sandalettes, difficile de faire machine arrière. Lucie, 6 ans, veut aller coûte que coûte à l'école en nus pieds. Sa mère essaie de l'en dissuader, ajoutant que dans la famille, toute le monde est frileux des pieds, elle le sait bien ! Mais la petite n'en démord pas et d'une voix rassurante, réplique: "Mais maman, arrête de t'inquiéter comme ça. Moi, je ne frile jamais des pieds!"
Logique

Lors d’une chaude journée de fin d’année, un élève de petite section vient voir la maîtresse et annonce fièrement, en exhibant ses jambes :

« T’as vu, aujourd’hui j’ai mis mon pantalon à manche courte ! »


Une petite souris à l’école: A la pêche aux…surprises.

La Petite Souris est de retour pour une nouvelle chronique, qui, elle l’espère, ne laissera personne insensible. Bonne lecture et à bientôt!

 

 

 

Ce jour-là, la Petite Souris quitte exceptionnellement  la classe pour accompagner des CM2 à leur dernière séance de canoë, kayak  & voile sur la Sèvre Niortaise, aux portes du Parc Naturel régional du Marais Poitevin.

Soleil printanier, eau verte translucide par endroit, la nature qui s’éveille, exubérante, des promeneurs à pieds ou à vélo sur les berges, des pêcheurs. Le cadre est bucolique, un vrai petit coin de paradis.

Sensibilisés au comportement éco-citoyen, les enfants et leur maître décident d’en profiter pour ramasser les détritus qui flottent à portée de rames, histoire de faire d’une pierre deux coups.

Au bout d’une quarantaine de minutes, retour vers la berge et mise en commun de la pêche improvisée. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est  fructueuse! (voir la photo immonde ci-dessous) avec dans la catégorie « dégoût absolu »,  une bouteille en plastique… remplie d’urine! Celle-ci a d’ailleurs failli retourner à l’eau quand nos jeunes pêcheurs, horrifiés, ont réalisé que ce n’était ni du jus de citron ni du soda.

Hé oui, les enfants. La crétinerie humaine dans toute sa splendeur. Ou quand la nature est prise pour un dépotoir, sans vergogne ni complexe.

Choc, indignation, des beurk en cascade. Comment c’est arrivé là? Qui a fait ça? Pourquoi? Incompréhension. Car il est évident que certains déchets ont été jetés à l’eau en toute (in)conscience. Volontairement.

Faut-il donc que cela soit aux enfants de faire la morale aux plus grands?

Des enfants, qui deviendront grands à leur tour. Et qui, espérons-le, continueront, peut-être, de penser à ce jour de pêche improvisée, tandis que d’autres oublieront…

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. » (proverbe africain cité par Saint Exupéry dans Terres des hommes, 1939)

Alors continuer d’éduquer et de sensibiliser, encore et toujours…

« Le choix d’une vie » en Pocket

Changement de couverture de mon roman Le choix d’une vie pour sa parution chez Pocket, aujourd’hui !

 

 

Petit rappel de l’histoire:

Anna, jeune mère de famille parisienne, apprend avec surprise qu’elle est l’héritière d’une maison dans l’Yonne. Un héritage mystérieux et inattendu qui va inciter la jeune femme à se plonger dans son histoire familiale. Quels secrets abrite cette demeure?

 

Une petite Souris à l’école: allo docteur?

 

Hiver, période des virus et des microbes en tout genre. Quand soudain,  surgissent d’étranges pathologies, inconnues au bataillon …et qui font peeeuuuuurrrr…

 

Jasmine, 8 ans, a été absente plusieurs jours, gros rhume et quelques boutons sur  le corps. A son retour à l’école, un mot de la maman explique « qu’elles ont été aux urgences et que le docteur a dit que c’était pas grave,  juste le rhume qui était en train de sortir par les boutons… »

????

Un médecin a vraiment dit ça?

Ok… Ne soyons pas contrariant… Il s’agit peut-être d’une nouvelle maladie qu’on ne connait pas…

Mais beurk, le rhume qui sort par tous les boutons???? Rien que d’imaginer la chose! Sauve-qui-peut, tous aux abris, quelle horreur ! (ça, ce fut le petit délire en salles des maîtres…:) )

Remarquez, on en apprend tous les jours! Saviez-vous que si on mange trop de ketchup, hé bien, ça ressort par la peau? Si, si, et c’est ce qui est arrivé à Louna, qui s’est retrouvée couvertes de plaques rouges après un excès de ketchup…  Symptômes éphémères heureusement et plus impressionnants que graves, le ketchup s’étant vite évacué! Ouf!

Mais le jour où un mot très sérieux nous a appris que le petit Marcel avait la rougeole, alors là, nous avons beaucoup moins rigolé…

Petits moments de grâce

J'adore écrire face à la fenêtre. Pleine vue sur mon jardin, je me laisse distraire par le ballet incessant des oiseaux, mésanges bleues ou charbonnières, pinsons, moineaux, rouge-gorges, étourneaux, pies, pigeons ramiers.

Chacun a ses habitudes, ses bonnes et ses mauvaises manières. Il y a les délicats qui trient les graines, les polis qui savent attendre leur tour, ceux qui font une razzia et en mettent partout, les rentre-dedans et les sans-gênes - ne surtout pas se fier à la taille! -  les farouches et les téméraires...

Et parmi eux, il y a un roi, aux couleurs sublimes,  solitaire et libre. Un pic vert.

Il n'est arrivé que depuis quelques mois. Je suis tombée sous le charme.

Depuis, on joue à cache-cache, tous les deux. Moi à l'affût avec mon petit appareil photo au zoom dérisoire... Lui, toujours aux aguets, prêt à s'envoler à la moindre alerte, dans un incroyable tourbillon de vert, de bleu et d'orange.

Mais hier après-midi, j'ai réussi! Déjà prêt à se sauver, sa tête tournée vers moi, conscient de ma présence, mon bel oiseau m'a accordé quelques instants de grâce. Puis s'est envolé, jusqu'à sa prochaine visite...





Anecdotes glanées par la Petite Souris

Retour de la Petite Souris dont le quotidien est bien rempli en ce moment. Et pour cette nouvelle chronique, quelques savoureux échanges … Bonne lecture!

 

 

Séance fort instructive sur l'école d'autrefois...

Ce jour-là, en classe de CE2, on compare l'école d'aujourd'hui avec celle d'autrefois. Pour cela, la maîtresse passe un diaporama avec des documents d'époque. Exclamations ébahies chez les élèves: 

"Oh les habits! Oh les chaussures! ça alors, il n'y avait pas de cantine? Leurs tables sont trop bizarres! Oh la la, ils écrivaient trop bien..."

Défilent ensuite quelques anciennes photos de classe, en noir et blanc, datant de la fin 19è siècle ou du tout début 20è siècle. Des classes tantôt mixtes, où tous les âges sont mélangés, du tout petit aux très grands. D'autres encore où les garçons et les filles sont séparés, tous vêtus de la même blouse austère. Poses rigides et sévères, pas un sourire. Crâne rasé pour les garçons et tresses pour les filles. Là encore, les réflexions fusent en rafale: 

"Oh il fait trop peur le maître!"

"Ils étaient tous habillés pareil!" 

"Pourquoi ils ont des tâches sur les visages, ils étaient malades?" 

"Mais non, c'est parce que la photo est très ancienne et abîmée par endroit."

Quand tout à coup, Mamadou s'exclame, perplexe: "Mais il n'y a pas de noirs sur les photos!"

En effet...judicieuse remarque...

On passe ensuite aux jeux d'autrefois dans les cours d'école. Dire que la marelle, les billes et les toupies existaient déjà! C'est une révélation. Emile s'écrie alors:

"ça, je reconnais! Maman en a un à la maison pour me punir quand je ne suis pas sage!"

Et cette fois-ci, c'est la maîtresse qui est prise au dépourvu: 

"Euh??? Il s'agit d'une corde à sauter Emile...pas d'un martinet..."
Maîtresse,  casquette "gendarme"!

Ce matin, la maîtresse reçoit un mot d'une maman dans le cahier de correspondance, qui lui demande de signer la punition que sa fille de 6 ans a faite à la maison pendant le week end:  10 lignes malhabiles de "Je dois obéir à maman". Bref, ne manque plus que la signature... de la maîtresse.
Mignon

C'est la fin de la journée, les élèves quittent la classe à la queue leu leu. Au moment de sortir, Yacine (7 ans) se plante devant sa maîtresse et déclare avec flamme: "Si j'étais peintre, je ferais ton portrait!". Puis file à toutes jambes.

 

 

 

 

 

Le jour où nous avons rencontré Daouda

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire exceptionnelle. Notre rencontre avec Daouda.

Tout est parti d’une discussion avec une amie. Depuis des mois, dans la plus grande discrétion et avec une énergie incroyable, elle se démène pour accompagner au quotidien  ces jeunes réfugiés venus  « s’échouer » à Niort, faisant le lien avec les éducateurs, le 115 et divers autres organismes sociaux.

Mais ce soir-là, elle est particulièrement abattue, impuissante, fatiguée aussi. Nous étions la veille d’un WE et elle devait chercher un hébergement d’urgence pour un jeune mis à la rue dès le lendemain. Jugé assez vieux par le conseil départemental pour ne plus être considéré mineur. Et donc capable de se débrouiller tout seul dorénavant.

Sauf que ça reste un gosse, quoi que prétende l’administration à l’abri derrières ses oeillères. 16 ans, comme mon fils aîné.

Je n’ai pas eu besoin de réfléchir longtemps. Mon amie ne m’a rien demandé. C’était juste une confidence de sa part, comme on vide un sac trop lourd. Mais je suis moi-même une maman. Et je sais que si c’était nous qui devions vivre dans un pays où ne règnent que la misère et la violence, et s’il n’y avait pas d’autre espoir pour mes enfants que de fuir, de tenter leur chance ailleurs, j’aurais été heureuse et rassurée de savoir que là-bas, dans ce nouveau pays inconnu où ils auraient trouvé refuge, une famille aurait eu l’humanité de les accueillir et de veiller sur eux.

Alors bien sûr, je n’ai pas pris la décision toute seule. Nous sommes cinq à la maison et il fallait que cela soit une décision commune et unanime. Je n’ai donc pas fait de promesse. Le soir à la maison, on a fait un premier petit conseil de famille avec mes deux filles. Puis un peu plus tard avec le papa et mon grand fils. Il était juste question d’héberger ce jeune pour 2 ou 3 nuits, le temps que mon amie se retourne et trouve une solution pour lui. Une petite goutte d’eau dérisoire dans un océan de besoin. Mais l’occasion, malgré tout, de leur offrir à tous les deux une petite accalmie.

Sans l’ombre d’une hésitation, ils ont tous accepté. Mes filles se sont même empressées de dire « mais oui, bien sûr! » Comme si on pouvait faire autrement… pour elles, c’était une évidence!

Et mon amie nous a amené Daouda vendredi soir.

Dire qu’il y a encore quelques jours à peine, rien ne nous aurait laissé imaginer que nos chemins croiseraient le sien…

La première vision de Daouda: un jeune ado tout intimidé et un peu angoissé. Une grande douceur dans le regard, un beau sourire. Mon amie est restée un petit moment, le temps qu’on fasse connaissance. Daouda a 16 ans et il est guinéen. Je n’avais pas envie de l’importuner en le forçant à me raconter son parcours. Malgré tout, il m’en a révélé quelques brides lors de ce premier contact émouvant, comme pour justifier sa présence, ici en France: la mort de sa mère dans un massacre en 2009, la misère et la violence au quotidien, l’absence d’avenir et d’espoir, son départ en 2015. Il avait alors 13/14 ans…

Il n’est à Niort que depuis le mois d’octobre, logé dans un hôtel avec d’autres mineurs comme lui. Il suit des cours de français trois fois par semaine. Il a également intégré une équipe de foot, sa passion. Tout ça grâce aux bénévoles qui essaient de veiller sur eux. Jusqu’à ce dernier jour où l’administration lui a dit que c’était fini et qu’il devait libérer la chambre d’hôtel. Pas de trêve hivernale pour lui…

Sans la présence de mon amie, il se trouvait à la rue.

Cette amie, je l’admire. Et je le lui ai dit.

Et Daouda : « Oui, et moi je l’aime et je ne l’oublierai jamais, jusqu’à ma mort. »

Il est venu à la maison avec un gros sac à dos dans lequel tenaient toutes ses affaires. Des vêtements, un livre et un ballon de foot. Une fois mon amie partie, il a mis du temps à oser retirer son manteau et ses chaussures. Heureusement, ma plus jeune fille de 9 ans l’a pris en main. Puis mes deux grands sont arrivés à leur tour: mon fils qui a le même âge que lui. Ma fille qui connaissait déjà deux de ses compagnons d’infortune, car scolarisés dans sa classe. Le contact s’est fait tout seul et avec une simplicité émouvante. Et très vite, je les ai entendus rire.

Comme toute famille avec des enfants – dont un petit tourbillon sur pattes – notre WE était particulièrement chargé… On s’est donc tous adaptés pour lui faire une petite place. Le vendredi soir, ma grande fille a soufflé ses 14 bougies avec notre invité surprise.

D’une politesse extrême et d’une grande prévenance, il s’est fait tout petit et tout discret quand mes grands ont dû faire leurs devoirs.

Ils lui ont prêté des BD.

Daouda lit en chuchotant. J’ai trouvé ça bouleversant.

De fil en aiguille, il a lâché quelques brides de son histoire, quelques confidences. Toujours avec le sourire, jamais dans l’auto-apitoiement. De manière indirecte, il a cherché à se raconter. Au moment d’un repas, il nous a confié qu’en Guinée il ne mangeait qu’une fois par jour. A la maison, nous avons un petit djembé. A la demande de ma plus jeune fille, nous avons eu le droit à une démonstration. Il avait un sourire jusqu’aux oreilles. Il nous a montré des vidéos de ses chanteurs préférés. Et nous a raconté sa vie d’écolier, là-bas: cinquante élèves pas classe. Il ne fallait pas être en retard, sous peine de devoir s’asseoir par terre, pas assez de tables pour tout le monde. Des élèves tous super sages car le maître tapait!!!

Un soir, au journal télévisé, des images de la tempête tropicale à la Réunion. Daouda ne savait pas où était la Réunion. On a été chercher un planisphère. Il nous a alors montré où était la Guinée puis le chemin qu’il a parcouru, tout seul: le Mali, la Mauritanie, l’Algérie puis le Maroc. C’était sa destination au début, il n’avait pas l’intention d’aller plus loin. Un pays francophone, c’est tout ce qu’il voulait. Et subsister en faisant des petits boulots. Il a lavé des voitures. Puis un jour, il est tombé sur une personne qui lui a fait miroiter l’Europe, en lui disant que l’avenir était là-bas. C’était un gamin. Il a donné toutes ces économies à cet homme et il a embarqué de nuit sur une embarcation avec pleins d’autres comme lui… Un bateau de la croix rouge  les a interceptés, tous projecteurs allumés, trouant l’obscurité. Il ne nous a pas dit ce qu’il a alors ressenti. S’il a eu peur ou s’il a été soulagé. Seulement qu’il a été débarqué à Malaga puis envoyé à Bilbao avant de redescendre du Madrid. Il aurait pu rester en Espagne mais il ne comprenait pas la langue. Alors il entré en France. A pris un premier train direction Paris, où il est juste resté 2 jours, sans doute perdu, noyé dans la masse. Il ne nous a pas dit où il a dormi ni comment il a fait pour manger. Puis son instinct l’a poussé dans un autre train, au hasard. Direction la Rochelle. Mais au moment du contrôle, pas de papier, pas de billet et le contrôleur l’a fait descendre… à Niort.

Choc culturel, choc thermique aussi. Daouda a découvert l’hiver en même temps que la France.

Daouda dit que la Guinée ne lui manque pas. Qu’il aime Niort et qu’il est heureux d’être ici. Il voudrait devenir plombier ou même pompier. Mais il ne sait pas s’il pourra rester. Il attend un recours auprès du juge pour enfant. Mais c’est long. Plusieurs mois d’attente. Si ça ne marche pas ici, il tentera sa chance dans un autre département. L’errance n’est pas finie…

L’avoir héberger 2 nuits, c’est à la fois très très peu et en même temps, cela aura été une aventure humaine incroyable.

Pour lui d’abord: l’immersion dans une famille très « gâtée » , avec des enfants choyés et sans doute surprotégés mais dont l’accueil, j’espère, lui aura apporté un peu d’espoir quant à la solidarité humaine. Et un peu de répit.

Quant à mes propres enfants: je suis tellement fière, fière, fière d’eux… Ce sont de belles âmes. Et je les aime.

 

PS : l’association de mon amie sur Niort Migr’action79 (à retrouver sur Facebook)